«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

«La coopération est aujourd’hui essentiellement gérée autour de la notion d’Etat nation. Idée selon laquelle l’Etat est l’unité décisionnaire de la bonne gouvernance et donc du développement. Or cette vision administrative des territoires ne crée aucun allant positif. Au contraire, 70% de l’aide publique au développement est absorbée par l’administration centrale et les capitales des pays». Forte de cette conviction, Jacqueline Damon quitte la direction du Club du Sahel (OCDE), pour lancer en février 2004, un programme de développement pour l’Afrique centrale. Ce sera l’Initiative pour l’Afrique centrale (Inica).

Afriques : Pourquoi avoir quitter la direction du club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest pour créer une autre structure au sein de l’OCDE, à savoir l’Initiative pour l’Afrique centrale ?
Jacqueline Damon : Entre les années 1980 et 2000, les différentes politiques suivies en Afrique centrale ont joué un rôle déstabilisateur. Et les difficultés d’équilibrage ethnique ont bien souvent aggravé ces déséquilibres. De fait, nous sommes arrivés à un véritable paradoxe, celui d’une région naturellement très riche (minerais, bois…) affichant la plus grande pauvreté d’Afrique. Je me suis aussi rendue compte, après le lancement du Népad et le cap mis sur l’intégration économique panafricaine, qu’au lieu d’être un pont vers les autres marchés panafricains, l’Afrique centrale était devenue une barrière. Tous ces dysfonctionnements m’ont donc poussé à créer l’Inica.
Afriques : Qu’est-ce qui fondamentalement différencie les deux structures ?
Jacqueline Damon : L’Inica est un programme de mise en réseau alors que le club du Sahel est simplement un bureau d’études.
Afriques : Sur le fond, ça change quoi ?
Jacqueline Damon : C’est la philosophie qui n’est pas la même. Nous avons une approche spatiale, transfrontalière et pluridisciplinaire. Nous sortons du cadre de l’Etat nation. L’idée est d’être une passerelle et de mettre en réseau les individus et les groupes participant aux activités transfrontalières».
Afriques : Quels sont les moyens d’action et les secteurs d’intervention de l’Inica ?
Jacqueline Damon : L’Inica s’appuie sur les acteurs locaux pour identifier les problèmes et faire remonter l’information aux autorités. Nous venons par exemple de créer un observatoire des échanges transfrontaliers dans la région des Grands Lacs. Les chercheurs de cet observatoire, tous africains, travaillent avec des enquêteurs locaux. Nous oeuvrons également à côté des officiels et des commerçants. L’idée est de faire évoluer les mentalités. Sur un point frontière par exemple, nous nous sommes aperçus que les commerçants ignoraient leur droit. Ils payaient aux douaniers (qui étaient demandeurs) vingt-deux taxes au lieu de cinq. Nous avons donc mis en place une hot line, afin de les informer sur leur droit.
Afriques : Les résultats de votre travail ne sont pas quantifiables. Est-ce difficile de convaincre les bailleurs de fonds ?
Jacqueline Damon : Ce n’est pas facile, mais les choses évoluent. Même s’ils sont réticents à l’idée de se retrouver face à des pays rassemblés dans un pôle régional, les bailleurs s’aperçoivent bien que l’aide distribuée n’arrive que rarement sur le terrain. En revanche, les multinationales sont très réceptives. D’abord parce qu’elles ont l’habitude de fonctionner avec plusieurs pays. Ensuite parce qu’elles ont besoin d’une meilleure circulation des biens et des marchandises.
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