«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Né à Honfleur, Eugène Boudin est surtout connu du grand public pour ses fameuses «plages à crinolines». Pourtant ce «peintre du ciel» s’inscrit comme l’un des initiateurs du mouvement impressionniste. Retour sur le parcours, tout en nuances, de cet amoureux de la lumière de l’estuaire.

Le 12 juillet 1824, Eugène Boudin vient au monde dans une petite maison d’Honfleur, rue Bourdet, juste derrière l’église Saint-Léonard. Son père Léonard-Sébastien est marin. Et le petit Eugène goûte rapidement à ce rude labeur en devenant mousse sur l’embarcation paternelle, «Le polichinelle» qui effectue la liaison Honfleur – Rouen. Mais cela ne dure pas. La famille déménage, s’installe au Havre. Et c’est là-bas, de l’autre côté de l’estuaire qu’Eugène esquisse ses premières réalisations. Avant d’aller se perfectionner à Paris.
Très vite il comprend qu’il n’est de vérité qu’hors de l’atelier. Plus tard, les impressionnistes lui emboîteront le pas. «Tout ce qui est peint directement et sur place a toujours une force, une puissance, une vivacité de touche qu’on ne retrouve plus dans l’atelier» disait-il. Et l’un de ses premiers «challenges» consiste à démontrer la pertinence de son propos au futur grand maître du mouvement impressionniste, Claude Monet. La démonstration ne tarde pas, ainsi que le racontera, un peu plus tard, Monet. «Nous voilà partis pour Rouelles sans grande conviction de ma part. Boudin installe son chevalet et se met au travail. Je le regarde avec quelque appréhension. Je le regarde plus attentivement et ce fut tout à coup comme un voile qui se déchire ; j’avais compris ; j’avais saisi ce que pouvait être la peinture, par le seul exemple de cet artiste épris de son art et d’indépendance. Ma destinée de peintre s’était ouverte».
Sans véritablement se soucier des styles ou des écoles, Eugène Boudin participe cependant, en 1874, à la première exposition des impressionnistes, chez Nadar, au 35 du boulevard des Capucines. Une forme de reconnaissance peut-être pour celui qui, dès ses premiers coups de pinceau, essaya de capter la lumière. Et en cela il marque une rupture avec la peinture «classique» de son époque. Comme le firent quelques années plus tôt, dans la représentation du paysage, les peintres de l’école de Barbizon.
Ce qui n’exclut pas quelques moments de découragement. Ainsi, en 1854, il écrit dans ses carnets : «La nature est plus riche que je ne la représente (…) Je regarde cette lumière qui frémit sur l’eau, qui joue sur les vêtements et j’ai des défaillances de voir combien il faut de génie pour saisir tant de difficultés».
Mais Boudin est sans trop doute modeste et son art, dès 1859, touche la sensibilité exacerbée de Baudelaire. A Honfleur, dans l’atelier du peintre, installé dans le Pavillon des 36 marches, rue de l’Homme de bois, l’auteur des «Fleurs du mal» s’enthousiasme pour les esquisses et croquis. Il le traduit alors dans une superbe envolée : «Tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses suspendues, ces fournaises béantes, ces firmaments de satin noir ou violet (…) toutes ces splendeurs me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse ou comme l’éloquence de l’opium ». Un superbe éloge à celui qui goûtera, un peu plus tard, une reconnaissance, du public, avec ces amusantes scènes de plage, ces «fameuses plages à crinolines» qu’il croquait, à quelques kilomètres d’Honfleur, sur les plages de Trouville et Deauville.
Cependant, comme l’indique justement Anne-Marie Bergeret, le conservateur du musée Boudin, «le vrai sujet des plages et des bords de mer est la recherche de la lumière. Avec le recul que nous donne le temps et la vision plus objective et plus synthétique de l’œuvre de Boudin, nous sommes convaincus qu’il sut capter cette poésie du ciel et de l’air».
Une poésie du ciel qu’il essayait de capter lors de ses fréquents séjours à Honfleur, notamment à la ferme Saint-Siméon. Une auberge qu’il contribua à instituer comme l’incontournable rendez-vous des artistes. L’établissement existe toujours. Mais son statut haut de gamme n’a rien de comparable avec les simples tables posées sous les pommiers, les plats de crevettes grises et les pichets de cidre. « Boudin va attirer à Saint-Siméon tous ses amis, explique Jacques Sylvain Klein dans sa «Normandie des impressionnistes». Non seulement des peintres comme Troyon, Monet ou Courbet mais aussi des poètes comme Gustave Mathieu ou Charles de Courcy». La finalité était alors «d’entretenir ce climat de créativité et de joyeuse camaraderie qui est l’essence même de Saint-Siméon». Et Boudin restera nostalgique de cette époque. « Oh Saint-Siméon, il y aurait une belle légende à écrire sur cette hostellerie. Que de gens y ont passé et de célèbres à ma suite…». Pour la petite histoire, Camille Pissarro, est lui aussi passé à Saint-Siméon. Mais c’était en 1903.
«Tout au long de sa vie, Boudin garde des attaches sentimentales avec Honfleur, poursuit le conservateur du musée honfleurais et il est d’autant plus décevant de constater que seulement 120 peintures soient consacrées à cette ville». C’est peu effectivement en regard des 4482 peintures à l’huile recensées dans le «Catalogue raisonné» de Robert Schmit !
S’il fallait trouver une preuve supplémentaire de l’attachement de Boudin à sa bonne ville de Honfleur, c’est peut-être au musée que nous pourrions la trouver. En effet, le musée des beaux-arts fut fondé en 1868 par Louis-Alexandre Dubourg. Lequel n’hésita pas à solliciter son ami Boudin qui évidemment lui offre immédiatement quelques toiles.
Et à la fin de sa vie, il fera en sorte de coucher ce musée sur son testament. Ce qui donne au visiteur un aperçu de la «production» d’Eugène Boudin tant en peintures, pastels, gouaches aquarelles que dessins.
«J’aurai peut-être ma petite part d’influence dans le mouvement qui porte la peinture vers l’étude de la grande lumière, du plein air et de la sincérité dans la représentation des effets du ciel » disait-il.
En vous baladant dans les salles du musée, vous aurez l’occasion de comprendre pourquoi Corot surnommait Eugène Boudin, le «roi des ciels».
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