«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Une femme symbolise en Normandie la Révolution française et ses dérives. Il s’agit de la meurtrière de Marat, Charlotte Corday. Plus de deux siècles après son exécution capitale, la jeune fille de Vimoutiers intrigue toujours et fascine parfois…

Qui est vraiment cette jeune fille de Normandie ? Pourquoi ce geste fatal ? Pourquoi Marat ? Autant de questions qui nous incitent à partir sur les traces de celle qui inspira au poète André Chenier ces vers :
«Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée
Tu semblais t’avancer sur un char d’hyménée… »
Le 27 juillet 1768, Marie-Anne Charlotte de Corday d’Armont vient au monde dans la petite ferme du Ronceray, à quelques lieues de Vimoutiers. Cette chaumière existe toujours sur la commune des Champeaux et elle suscite d’ailleurs toujours autant de curiosité de la part des randonneurs. Marie-Anne Charlotte est la troisième des cinq enfants du couple. La famille est noble. Mais noblesse ne rime pas avec richesse. Son père Jacques-François de Corday d’Armont est un cadet de famille. Or l’Ancien régime fait la part belle aux aînés. Fortune aux premiers, rancune aux derniers.
Tristement conscient de sa situation, Jacques-François de Corday écrira d’ailleurs à l’occasion d’un mémoire sur la paroisse du Ronceray : «Nous n’avons pas ici de gentilhomme plus pauvre que nous».
Officier aux armées du roi mais incapable de s’acheter un régiment, il délaissera l’habit militaire. De retour en Normandie il épouse en 1764 Mlle Gauthier des Authieux, «une aimable borgne dénuée de tout pécule» pour reprendre l’expression de l’historienne Bernardine Melchior-Bonnet. Il y eut bien une promesse de dot et de rente, mais jamais le couple n’en verra la couleur. Ce n’est pas faute d’essayer. C’est d’ailleurs pour réclamer en justice cette dot que la famille déménage sur Caen, dans le quartier Saint-Gilles. Charlotte a alors une dizaine d’années. Les Corday s’installent à proximité immédiate des tribunaux et hommes de loi pour mieux suivre cette affaire… qui jamais n’aboutira.

Bientôt, l’émission de vœux religieux est suspendue. Puis, le 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation et pour finir, les ordres religieux sont supprimés. Les occupantes du couvent de la Trinité auront quelques mois de sursis, mais début 1791, l’établissement religieux est définitivement fermé Après dix années passées à étudier et prier à l’abri des hauts murs de l’abbaye, Charlotte, à 23 ans, se retrouve propulsée dans le siècle.

Nourrie d’une culture très classique, Charlotte, désormais installée dans une ville importante, va suivre l’actualité politique, pour le moins tourmentée de cette époque. Et inévitablement, «la jeune aristocrate de province confinée dans ses pieuses occupations» aura à connaître des agissements de Marat, «cet homme public étrange, malade, agité qui sut inspirer autant de ferveur que d’exécration» (Bernardine Melchior-Bonnet).
Alors qu’elle évolue dans un milieu «conservateur», les prises de position de la jeune Charlotte suscitent parfois l’étonnement. Lors d’un dîner organisé chez Mme de Bretteville, Charlotte explique aux convives que «les rois sont faits pour les peuples et non les peuples pour les rois». Plus tard, en évoquant ce roi, ramené «manu militari» aux Tuileries ce 25 juin 1791 elle écrit «on le plaint et je le plains de tout mon cœur mais je ne crois pas qu’un tel roi soit capable de faire le bonheur de son peuple». Charlotte, par ses lectures classiques et son goût pour les écrits de Rousseau, s’enflamme dans la quête d’une société idéale. «J’ai été républicaine bien avant la révolution» dira t-elle plus tard lors de son procès.
Mais l’enthousiasme de sa jeunesse, la naïveté de ses vœux sont douchés par l’enchaînement des évènements parisiens. Avec sans doute en point d’orgue, l’exécution du roi. Elle l’écrit à l’une de ses amis Rose Fougeron de Fayot : «Je frémis d’horreur et d’indignation. Tout ce qu’on trouve d’affreux se trouve dans l’avenir que nous préparent de tels évènements… J’en suis presque réduite à envier ceux de nos parents qui ont quitté le sol de la patrie… Tous ces hommes qui devaient nous donner la liberté l’ont assassinée. Ce ne sont que des bourreaux».
Pour ajouter à cette ambiance dramatique, c’est également durant cette période que son père est menacé de mort au Mesnil-Imbert. Il revient, avec Eléonore, la sœur de Charlotte, s’installer à Caen, à l’hôtel de la Coupe d’or, rue Venelle aux Chevaux. Lire la suite p.2
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