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ÉDITO
Par Nicolas BERNARD

vendredi 28 décembre 2007
Vite, libérez-les !
«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».
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HISTOIRE - CHARLOTTE CORDAY (suite)
Sur les traces de Charlotte Corday
Par Benoit-Louis DELOUVIER


«Je suis la juste colère du peuple»

A Caen, bien évidemment, l’on évoque Marat, «ce monstre altéré de sang», «cette plume ensanglantée». Il est vrai que le personnage est hors norme. Il devient médecin… avec un diplôme acheté dix guinées à l’université de Saint-Andrews. Puis, il fonde sa théorie de la révolution dans un ouvrage «Les chaînes de l’esclavage» dont il ne vendra que 40 exemplaires à Londres, au début des années 1770.
De retour en France, il est honoré par l’académie de Rouen, en 1783, pour un mémoire sur le rôle thérapeutique de l’électricité. Mais son heure de gloire viendra avec son journal «Le publiciste parisien» qui deviendra après quelques numéros «L’Ami du peuple». Marat va alors donner libre cours à sa propagande parfois calomnieuse, souvent haineuse. «Je suis, dira t-il, la juste colère du peuple». Et pendant des mois, il prône le soulèvement permanent et la violence sanguinaire. Devant de telles outrances, Danton disait «j’attribue ses exagérations aux vexations que ce citoyen a éprouvées. Je crois que les souterrains dans lesquels il a été enfermé ont ulcéré son âme».
Plus tard, Buzot écrira : «Marat que la nature semblait avoir formé pour rassembler en un seul individu tous les vices de l’espèce humaine… Il ne parlait que du sang, ne se délectait que dans le sang».

Les milieux politiques à Caen ressentent parfaitement les fréquents appels au meurtre lancés par Marat. D’autant que la ville rassemble désormais nombre de Girondins de la Convention qui sont parvenus à s’enfuir de Paris. Une assemblée générale de résistance à l’oppression est même créée. Charlotte Corday rencontre d’ailleurs à plusieurs reprises le leader des Girondins, Charles Barbaroux. Lequel aurait prononcé cette phrase «Sans un nouvelle Jeanne d’Arc, sans quelque libératrice envoyée du ciel, c’en est fait de la France».
Vrai, faux ? Les historiens hésitent encore. Charlotte, elle n’hésite plus. Surtout lorsqu’elle voit que seuls dix-sept volontaires sont prêts à Caen à s’enrôler sous la bannière fédéraliste pour monter sur Paris. Elle est déçue du manque d’enthousiasme, du manque d’audace des hommes. Plus tard, en évoquant ces Girondins, elle dira : «Ils font des chansons, des proclamations pour appeler le peuple à l’union. Ils attendent que l’anarchie cesse pour reprendre leur poste».
Elle a décidé d’agir. Et comme dans ces grandes tragédies classiques qu’elle a coutume de lire, elle est prête au sacrifice ultime.


Elle achète un couteau chez Monsieur Badin

Le 9 juillet 1793, après de brefs adieux où elle se garde d’évoquer son dessein, elle monte dans la diligence à destination de Paris. Un sacré périple. Plus de 45 heures de voyage. Le premier soir, les voyageurs font halte à Lisieux. Charlotte passe la nuit à l’auberge du Dauphin, faubourg Saint-Désir. Le lendemain, direction Evreux. Et pour conclure ce sera une diligence de nuit entre Evreux et Paris. Finalement Charlotte arrive à bon port, le jeudi 11 juillet peu avant midi.
Sur les conseils d’un employé des Messageries, elle s’installe à l’hôtel de la Providence, au 19 rue des Vieux Augustins . L’hôtel n’existe plus mais il se situait au niveau du n°17 de ce qui est maintenant la rue Hérold (Ier arrondissement). En discutant avec sa logeuse, Charlotte apprend que Marat, malade ne vient plus à la Convention. Il se soigne chez lui rue des Cordeliers. Qu’importe…
Dans la matinée du 13 juillet, la jeune femme se promène dans le quartier du Palais Royal. A quoi pense –t-elle ? Sans doute à la manière dont elle va tuer Marat car, elle s’arrête au 177 de la galerie Valois et achète un couteau dans la boutique tenue par un Monsieur Badin. Pour 40 sols, elle dispose de «l’arme du crime».
Marat habite une maison modeste, rive gauche, au numéro 20 de la rue des Cordeliers. Cet immeuble a été détruit à la fin du XIXe mais nous pouvons le situer dans la rue de l’Ecole de médecine dans le VIe.
Charlotte ne connaît d’ailleurs pas l’adresse exacte. Elle fait confiance en cela au cocher qui la dépose à proximité. Elle se présente donc une première fois. Catherine Evrard, la concubine de Marat lui interdit l’accès de l’appartement. «Marat est malade et ne reçoit pas». Charlotte tourne les talons mais revient une heure ou deux plus tard et cette fois c’est la concierge Marie Barbe Pain qui lui barre l’accès.
Que faire ? Retour dans sa chambre d’hôtel, rue des Vieux-Augustins. Elle écrit un billet et le fait porter à Marat et coquette décide de se faire coiffer. Un perruquier du nom de Ferieux viendra donc avec peignes, poudres et ciseaux à l’hôtel de la Providence.

marat lettre

Poudrée, coiffée, Charlotte se présente une troisième fois à la porte de Marat avec à la main un billet évoquant d’importantes révélations à faire. C’est la servante, Jeannette Maréchal qui ouvre la porte et introduit Charlotte dans le vestibule. La suite est connue. D’un coup, en plein cœur…
A la question «comment avez-vous pu, du premier coup, frapper Marat droit au cœur», Charlotte Corday répondra avec l’art consommé de la formule «l’indignation qui soulevait le mien m’en indiquait la route» !

marat
Très vite maîtrisée après son acte, Charlotte sera interrogée sur place avant d’être conduite sous bonne garde à la prison de l’Abbaye toute proche. Transférée le 16 juillet à la Conciergerie, elle ne se fait aucun doute sur l’issue du procès qui s’ouvre le 17 juillet. Elle réfute la thèse du complot politique et réaffirme sa haine de Marat «dans les départements, on le considère comme un monstre». Sans surprise, Fouquier-Tinville requiert et obtient la peine de mort «étant revêtue conformément à la loi d’une chemise rouge». Cette chemise est portée par les assassins d’un représentant du peuple.

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