«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Il est encore temps de redécouvrir cette œuvre imposante. De goûter au réalisme social qui imprègne ses romans. Les conditions de vie désastreuses de la classe ouvrière, les excès des internements psychiatriques, l’évocation (déjà) de la pollution des villes et la dénonciation du travail des enfants confèrent à ses écrits une réelle profondeur.
On parle également de réalisme narratif ou de naturalisme. Tant il est vrai qu’il existe une proximité avec l’œuvre d’Emile Zola. Le travail d’investigation est identique chez les deux auteurs. Chaque roman comporte une description très affinée du milieu évoqué. Et surtout les thèmes abordés par l’un et l’autre sont bien proches.
Mais Malot donnait à ses romans une coloration très normande. Alexandre Dumas avait coutume de dire : «Il y a une chose que je ne sais pas faire c’est un livre sur des localités que je n’ai pas vues». Malot pourrait tout à faire reprendre ces propos tant son œuvre est marquée par une région qu’il connaît par cœur, la Normandie.
Agnés Thomas-Maleville a d’ailleurs réalisé un travail de recherche exemplaire sur la présence de notre région dans l’œuvre de Malot. Cela nous offre des exemples à foison au fil des pages de «Promenades en Normandie avec un guide nommé Malot». La Bouille, son village natal, est bien présent dans «Sans famille» lorsque «Du haut des collines boisées et au détour d’un chemin ombreux, Mattia aperçut tout à coup devant lui la Seine décrivant une large boucle (…) ses eaux calmes couvertes de navires aux voiles blanches et de bateaux à vapeur…». Le même lieu que nous retrouvons dans «Complices» : «Du haut de la côte Saint-Adrien se déroule l’un des plus beaux panoramas sur la boucle que forme la Seine d’Elbeuf à La Bouille»…
Le lycée Corneille, où il fit ses études apparaît dans «Les amours de Jacques» ; Oissel est en filigrane de «Complices» ; Elbeuf et ses métiers à tisser sont au cœur de «Baccara» ; les falaises de Grâce et la Hève sont décrites avec précision dans «Un beau-frère» et Le Havre transparaît dans «Romain Kalbris»...
L’inspiration locale est peut-être encore plus forte dans «Un curé de province» puisque Malot évoque des souvenirs d’enfance. Il nous restitue avec humour les visites du curé de Bonsecours venant quérir conseil auprès de M. Malot-père, homme de loi. Hector Malot, alors enfant, ne perdait pas une miette des conversations. Et les soucis de son abbé Guillemittes dans l’édification d’une cathédrale ressemblent trait pour trait aux tracas du curé Godefroy et de «sa» basilique de Bonsecours. Un ouvrage savoureux.
Difficile de se séparer de Malot, sans évoquer l’affaire Dreyfus. «Il n’y joua aucun rôle» objecterez-vous fort justement. Le piquant de l’histoire est que Mme Dreyfus sollicita d’abord Hector Malot pour défendre son mari. Mais le romancier avait depuis quelques mois décidé d’abandonner l’écriture et la vie publique. Navrée de ce refus, Mme Dreyfus se tourna alors vers Emile Zola. Ce qui donnera un tonitruant «J’accuse».
Malot évoque cet épisode de la manière suivante : «J’ai su résister aux yeux suppliants et navrés de Madame Dreyfus, cependant aussi émouvants que ceux d’une biche aux abois». S’il avait accepté, sans doute sa notoriété serait différente. Il nous est facile, pour conclure, de reprendre cette formule d’Agnès Thomas Maleville : «Zola repose au Panthéon. Malot au cimetière de Fontenay».
En famille à Fontenay
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