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ÉDITO
Par Nicolas BERNARD

vendredi 28 décembre 2007
Vite, libérez-les !
«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».
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AFRIQUE
Il est urgent de développer l'irrigation
Propos recueillis par Nicolas BERNARD

Docteur en écologie expérimentale et appliquée, Innocent Butaré est expert-conseil au Centre de recherche pour le développement international (CERDI). Ses travaux portent sur la sécurité de l’approvisionnement en eau, la biodiversité, la politique environnementale et le développement durable. Il répond aux questions d’Afriques.

Afrique/Dr_butare_dossier

Afriques : Est-ce que l’on peut dire aujourd’hui que l’Afrique manque d’eau?

Innocent Butaré : C’est difficile de dire que l’Afrique manque d’eau. Certaines régions en manquent. C’est vrai en Mauritanie, au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Egypte pour l’Afrique du Nord. Mais aussi au Botswana, en Namibie et en Afrique du sud. En revanche, d’autres régions comme les pays du bassin du Congo (RDC, Congo, Cameroun, Gabon…) sont pourvues d’eau en abondance. Mais attention ! La disponibilité d’une ressource ne signifie pas pour autant qu’elle est accessible en quantité et en qualité suffisante pendant toute l’année et pour tout le monde. C’est, par exemple, le cas dans les pays du bassin du Congo parce qu’ils n’arrivent pas à maîtriser l’exploitation et la gestion de l’eau.

Afriques : En situation de pénurie, quelles sont les populations les plus impactées ?

Innocent Butaré : Incontestablement les plus pauvres : paysans, pasteurs nomades ou habitants de bidonvilles. La corrélation entre l’eau et la pauvreté est évidente. Des ressources en eau limitées entravent le progrès économique et social d’un pays (NDLR : une équipe de chercheurs du projet Objectifs du millénaire des Nations Unies a établi que les femmes d’Afrique consacraient 40 milliards d’heures par année au transport de l’eau. Or, toutes ces heures pourraient être utilisées à des fins plus productives). De fait, ces pays créent moins de richesses donc plus de pauvres. Et une fois marginalisées, ces personnes n’ont plus accès à l’eau.

Afriques : Et les femmes ? Comment gèrent-elles le manque d’eau?

Innocent Butaré : Dans la plupart des sociétés africaines, la pénible corvée de l’eau leur est réservée. Les femmes et les jeunes filles sont donc confrontées quotidiennement à ce problème. Parfois le manque d’eau salubre conduit les mères à donner de l’eau fluorée à leurs enfants, ce qui a des conséquences dramatiques sur leur santé (maladie des os, des dents…). Mais elles ne peuvent faire autrement.

Afriques : Dans les régions agricoles ou d’élevage, la compétition pour l’eau devient vite dramatique en cas de sécheresse. Et la sécurité alimentaire n’est plus assurée. Ne peut-on pas obtenir une meilleure gestion des ressources hydriques destinées à l’agriculture?

Innocent Butaré : En Afrique, l’agriculture est essentiellement pluviale. Le continent utilise à peine 1,6% de ses réserves disponibles en eau pour l’irrigation, contre 14% en Asie. Le résultat est que seuls 7% des terres arables sont irriguées contre 40% en Asie. A titre d’exemple, pour les pays du bassin du Nil, entre 1985 et 1987, la situation se présentait comme suit : Burundi (5%), Ethiopie (1%), Kenya (2%), Rwanda (0%), Tanzanie (3%)… Il est donc urgent de développer l’irrigation si l’on veut faire face à l’insécurité alimentaire. Mais cette technique, mal maîtrisée en Afrique, demande la mise en place d’un réseau de distribution et une parfaite collaboration entre les usagers. Autant d’obstacles qui expliquent les difficultés d’application actuelles.

Afriques : Outre l’irrigation, quelles sont les autres pistes à l’étude?

Innocent Butaré : Des recherches visent à utiliser des technologies moins gaspilleuses en eau : aspersion au lieu d’inondation, meilleure préparation de la terre, semences à hauts rendements. On cherche également à éviter les pertes par évaporation, en investissant sur des techniques de stockage plus élaborées. Par ailleurs, dans beaucoup de pays au Sud du Sahara, les aménagements hydro agricoles mises en place dans les années 60 et 70, grâce aux efforts conjugués des Etats et des bailleurs de fonds, ne sont plus entretenus. Suite aux programmes d’ajustement structurels, les Etats se sont désengagés. La gestion et l’entretien des aménagements ont été rétrocédés aux organisations paysannes. Or celles-ci n’ont pas les capacités techniques, organisationnelles et financières nécessaires pour assurer leur entretien. Il faudrait donc mettre en place d’urgence des programmes de renforcements des capacités des organisations paysannes pour qu’elles soient à la hauteur de cette tâche et pour éviter que des investissements importants ne soient définitivement perdus.

Afriques : Quand l’eau existe, on remarque que son accessibilité et sa qualité sont mauvaises. Comment faire pour améliorer les systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau salubre?

Innocent Butaré : Par le recyclage et le traitement des eaux usées (cuisines, douches, lessives…). Mais ce sont des techniques nouvelles en Afrique, surtout au Sud du Sahara. Elles sont pratiquées pour alimenter les grandes villes. Aujourd’hui, ces systèmes sont encore coûteux et ont de la peine à répondre à la forte croissance urbaine. Les eaux usées sont de plus en plus recyclées puis réutilisées pour les cultures en Namibie et en Afrique du Sud et pour les arbres au Zimbabwe. Au Sénégal, des études sont en cours sur l’utilisation des plantes aquatiques dans des bassins de décantation pour convertir les eaux domestiques en eau utilisable pour l’irrigation des légumes dans les environs de Dakar. Les résultats préliminaires montrent que les taux de contamination peuvent être suffisamment rabaissés pour ne présenter aucun danger pour les agriculteurs et les consommateurs.

Afriques : Quel est le rôle des Etats dans ces initiatives ?

Innocent Butaré : Le rôle des Etats est déterminant dans la réussite du recyclage. Un système efficace suppose un minimum de règles d’habitation et d’occupation des sols. Quand les coûts d’entretien deviennent élevés, l’Etat doit pouvoir en supporter une partie.

Afriques : Existe-t-il une volonté politique d’y arriver ?

Innocent Butaré : La volonté politique existe. Au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal par exemple, des efforts remarquables sont faits pour instaurer des systèmes de gestion intégrée de l’eau (GIRE). Le principe de gestion intégrée de l’eau repose sur la recherche de synergies entre l’Etat, les collectivités locales, le secteur privé et les usagers. La place, le rôle et les responsabilités de chacun étant fixés dans le cadre d’une concertation permanente. Pour que cette concertation réussisse, il faut mettre en place un système d’information et de communication fiable et accessible à tous les acteurs. Des incompréhensions sont souvent causées par le manque de données scientifiques, techniques et économiques pour éclairer la prise de décision politique.

Afriques : On remarque qu’il y a énormément de petits projets en Afrique. Est-ce que la gestion locale de l’eau est une gestion efficace et porteuse de solutions d’avenir ?

Innocent Butaré : Devant les échecs de certains grands projets, la gestion locale de l’eau a prouvé qu’elle pouvait être une solution. Gérer localement permet de démocratiser et de décentraliser la prise de décisions et l’obligation de rendre compte. Bien orchestrée, la gestion locale donne aux gens la possibilité de prendre part à des décisions qui façonnent leur avenir. Et elle encourage l’intégration du savoir traditionnel aux avancées scientifiques, afin de favoriser une gestion équitable des ressources. Ces moyens devraient permettre que la pénurie d’eau et la dégradation de cette ressource puissent se transformer en approvisionnements durables.


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