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ÉDITO
Par Nicolas BERNARD

vendredi 28 décembre 2007
Vite, libérez-les !
«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».
LA PHOTO             DE LA SEMAINE
François MARQUE

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AFRIQUE
Plus précieux que le pétrole, l'or bleu
Par Nicolas BERNARD

La proportion des populations du monde en développement qui ont accès à une source sûre d'eau potable est passée de 71% en 1990 à 79% en 2002. Un signe d'espoir ? Certes mais pas pour le continent africain !

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Dans l’Afrique subsaharienne, 42% des populations ne sont pas équipées de réseaux d’assainissement, d’approvisionnement et les obstacles à surmonter (conflits, instabilité politique, non urgence des travaux d’adduction) sont particulièrement redoutables parce que la population croît rapidement. Pour autant, les difficultés ne sont pas insurmontables et des projets ambitieux, parfois même précurseurs, sont menés tambour battant dans plusieurs pays. Si l’eau est une ressource naturelle renouvelable –son cycle se répète sans cesse (évaporation, condensation, pluie, ruissellement, infiltration…)- les réserves dont dispose la planète sont en revanche toujours les mêmes. Ainsi, l’eau n’est pas disponible partout. Il peut y avoir des excès à un endroit et des déficits à un autre (dans les régions désertiques par exemple). Rien que de très naturel jusque là ! Mais ce qui va gripper le rouage, c’est l’activité humaine : accroissement de la population, industrialisation, besoins en énergie, rejet de produits chimiques… Autant de facteurs aggravants aux déséquilibres naturels.

Avec deux grands déserts, le Sahara au Nord et le Kalahari au Sud, l’Afrique part donc avec un handicap. A ce postulat de base s’ajoutent une très forte pression démographique et des sécheresses régulières. Résultat : l’eau pourrait bien devenir dans les prochaines années plus précieuse que le pétrole sur le continent. Pourquoi ? Parce que les incidences dues à la rareté de l’eau sont bien trop importantes pour que les classes dirigeantes du continent ne ferment les yeux. Sans eau, moins de croissance économique donc moins de richesse nationale. «Le manque d’eau ralentit le développement, exacerbe les inégalités de revenus, limite les possibilités et compromet par conséquent la survie de société entière» analyse David Brooks, expert en la matière, auprès du Centre de recherches pour le développement international. «Et lorsqu’elle oppose des groupes d’origine ethnique différente ou des collectivités urbaines et rurales, qu’elle devient une question de privilège ou qu’elle se produit à une frontière, la pénurie d’eau peut aggraver des conflits» poursuit-il.


L’eau, source meurtrière…

Et quand elle ne manque pas, l’eau doit devenir plus accessible et plus salubre. Il en va la aussi d’un meilleur développement durable et économique des pays. Les maladies d’origine hydrique sont de loin les plus meurtrières, les plus invalidantes et celles qui alourdissent le plus la charge de morbidité dans les pays d’Afrique. Si l’on ajoute toutes les heures perdues en raison d’une piètre santé aux efforts faits pour obtenir de l’eau potable, il est probant de constater qu’il n’y a de fait qu’une seule et grande cause à la pauvreté : l’eau, son accessibilité et sa qualité. L’insalubrité de l’eau est également en train de faire perdre de vue à beaucoup d’Africains que cette ressource est avant tout un bien commun. Un glissement idéologique dangereux qui risque de conduire à une «cocalisation» de l’eau. Au Sénégal, les recherches menées sous la conduite du professeur Abdoulaye Faye ont dénombré 80 marques d’eau en bouteille, presque exclusivement importées. «L’eau du robinet est considérée, souvent à tort, comme impropre à la consommation. Ceci a pour conséquence de ne pas faire des efforts suffisants pour veiller au bon état du système de distribution. Ce genre de situation est perceptible à Douala par exemple» ajoute le Dr Innocent Butaré, expert conseil. Aujourd’hui seule la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages limite le phénomène.


… Mais aussi source d’espoir

L’eau, ses enjeux, ses incidences… L’Afrique arrivera-t-elle à surmonter ce défi de taille ? Faut-il un plan Marshall de l’eau ? L’idée, lancée il y a quelques années, semble avoir fait son chemin et aujourd’hui, ils sont peu à la soutenir. «Je ne sais pas… Mais les conditions qui prévalaient en Europe après la guerre sont différentes de celles qui prévalent en Afrique actuellement. Les pays européens disposaient de ressources humaines, d’un savoir faire technologique éprouvé et des institutions de gouvernance adaptées ayant une légitimité suffisante. Or, ce n’est pas le cas dans beaucoup de pays africains à ce jour» analyse un expert de la question, détaché auprès d’un centre d’étude international. L’espoir vient plus d’un juste équilibre entre gestion centralisée de l’eau et gestion locale. La gestion locale associe les habitants à la prise de décision et l’entretien des outils existants. Les initiatives ainsi portées par les populations fonctionnent beaucoup mieux. Et la gestion centralisée donne l’élan et la volonté politique nécessaire à la mise en route des grands travaux, grosses infrastructures… C’est de l’addition de ces deux leviers que semblent venir le vent d’espoir.


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