«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Derrière une façade anonyme, abrité par de jolis rideaux de couleurs, se trouve le café-social «Ayyem Zamen» (Le temps jadis). Un endroit unique en Ile de France.
Un lieu de rencontre, de convivialité, de solidarité pour tous ces hommes en perte de repère, en perte d’identité parfois. Moncef Labidi, le directeur de cet endroit atypique, explique fort justement que ces migrants «ne sont peut-être pas sortis indemnes d’un séjour de trente ans en France. Ils ont voulu jouer sur les deux tableaux et hélas, ils ont également perdu sur les deux tableaux» .Pas vraiment chez eux, là-bas au « bled », pas vraiment intégré au tissu social français malgré des décennies de présence, « ils craignent de devenir encombrant. Ils n’avaient certes pas prévu de vieillir ici. Mais, nous n’avions pas prévu qu’ils puissent vieillir ici».
L’un de ces chibanis aura cette formule lapidaire qui traduit son mal vivre : «là où je me sens le mieux, c’est dans l’avion». L’avion du départ pour quelques mois, l’avion du retour…

Ali, retraité de la ville des Paris, est arrivé en 1971 en France. Depuis quelques années déjà, il a fait le choix de vivre sa retraite en France. Il rentre bien au pays, en Tunisie, du coté de Tataouine «mais je ne reste jamais plus de quatre mois, dit-il. Et puis, toute ma vie j’ai travaillé en France, j’ai aussi des habitudes. Je ne m’ennuie pas mais j’essaie de venir régulièrement voir les amis au café-social. C’est bien ici pour discuter. C’est mieux que dans les autres cafés, ici, il n’y a pas d’alcool, alors cela reste très calme».
Sociologue en activité dans un cadre associatif dans le quartier de la Goutte d’Or, Moncef avait cerné l’ampleur du problème des Chibanis il y a des années déjà. «J’ai pensé qu’il faudrait créer un lieu pour donner un peu de fixité sociale. Et l’idée d’un café s’est imposée presque naturellement. C’est un endroit où l’on n’est pas attendu, c’est un endroit où l’on ne surprend personne. Les gens entrent et sortent». Cela ne ressemble en rien à un bureau d’assistante sociale. Et pourtant, au café-social, les vieux travailleurs vont peu à peu parvenir à verbaliser, à exprimer leurs problèmes à l’assistante qui saura les attendre et les écouter autour d’un verre de thé.
Au café «Ayyem Zamen», la permanence sociale et administrative d’accès aux droits permet d’évaluer rapidement les situations, de suivre les dossiers, appuyer les démarches. Crée il y a un peu moins de deux ans, cette structure vit sereinement son succès. «Nous devons tendre la main à ce public qui veut se faire oublier, nous devons les garder sur le chemin de la dignité. Vous savez lorsque l’on a vécu pendant trente ans dans une chambre de foyer ou dans un meublé et que l’on ne possède rien…».
La vie devient vite très difficile pour ces chibanis, ces «oubliés de l’intégration» lorsque les problèmes de santé surgissent. Ces «petits vieux» développent de vraies pathologies liées à leur présence dans les secteurs d’activités particulièrement rudes et «l’on se rend compte que si l’accès aux soins existe, après la prescription, il n’y a plus rien».
Au cœur du café, Moncef en compagnie des assistantes sociales et des animateurs saisit au quotidien ce que les politiques ont du mal à percevoir. Un vrai problème social. «L’ampleur du problème est évident, conclut avec un sourire un peu las Moncef, mais cela ne fait que renforcer ma conviction». A tel point qu’il envisage de lancer à titre expérimental, une formule de logement et de table d’hôtes, sur le modèle du café-social.
Copyright NomadeNews 2007 - Qui sommes-nous ? - Contact