«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Dans le quartier de Belleville, à quelques mètres du boulevard éponyme, c’est dans la petite rue de Pali-Kao qu’ont pris l’habitude de se retrouver les vieux travailleurs migrants, ceux que l’on appelle les chibanis. Retraités, à l’automne d’une vie qui ne les a pas épargnée, ils n’ont plus que pour seul repère, leur compagnon d’exil. Pour son premier dossier, NomadeNews a décidé de vous faire partager le quotidien de ces oubliés de l’intégration.

13h, quartier de Belleville. Comme chaque jour, lorsque le soleil est de la partie, les vieux maghrébins, ceux que l’on appelle les chibanis, envahissent les bancs de l'Est parisien. Arrivés en France très jeunes, pour travailler, la plupart n'avait pas prévu de vieillir ici, à l'ombre des platanes de la capitale française. Et pourtant, ils sont restés. «Ils étaient jeunes, vigoureux, illettrés et pauvres. Ils sont vieux, fatigués, illettrés et pauvres» écrit avec justesse Leïla Sebbar (Mes Algéries en France).
Discrets, ils passent leurs journées à bavarder ou à regarder les gens pressés se précipiter dans les bouches de métro. «Ils font comme là-bas» lance Moncef Labidi, sociologue de formation. Et souvent, ils parlent du pays. Un pays qui les a oublié. Perdus entre «ici et là-bas», ils ont vu leurs enfants grandir sur des photos. Ils ont espéré les retrouver, une fois leur tâche accomplie.
Mais aujourd'hui, alors que l'heure de la retraite a sonné et que rien ne les retient plus en France, ils ne peuvent se décider à faire le grand voyage. Simplement parce qu'ils sont devenus Français malgré eux et ont construit leur vie ici. Une vie précaire, fragile, souvent emmurée dans des immeubles qu'ils ont eux-mêmes construit et dans lesquels ils terminent leurs vieux jours.

Ali, 69 ans, a quitté la Tunisie à 19 ans pour participer à la construction des grands ensembles immobiliers de la région parisienne. Le dos voûté, les mains calleuses, il vient de rejoindre ses amis, près du métro Pyrénées. «Je viens bavarder. Ça me permet de passer le temps» avance-t-il, souriant. Ali habite dans un de ses nombreux hôtels meublés qui mite l'Est parisien. Un chez lui qui ne l'est pas tout à fait. «Je n'ai aucun meuble à moi, rien de personnel. Ce n'est pas vraiment la maison dont je rêvais ici» avoue-t-il. Mais comment faire autrement quand on touche moins de 450 euros par mois en guise de retraite.
Un peu plus loin, sur un banc du boulevard de Belleville, un autre groupe de chibanis bavarde. Parmi eux, Mohammed, 63 ans. Il a quitté le Maroc en 1968 pour participer à la construction du métro parisien. «Il fait chaud aujourd'hui, on est bien». Ses amis rigolent. «On se rejoint souvent sur ce banc. On parle de la retraite, de la santé. On essaie de s'aider» dit-il. Mohammed est seul en France. Ses amis, c'est sa vie.
Abd el krim a un peu plus de chance. Son fils aîné a pu le rejoindre. «Je reste quatre mois en France et je repars en Tunisie quelques mois. Puis je reviens. Mais mon fils m'aide». Sa situation n'est pas pour autant idéale : «je ne me sens bien que dans l'avion. C'est le seul endroit où je peux me reposer, où je ne dois pas lutter». Un sentiment partagé par beaucoup. «Rentrer en Tunisie, pourquoi faire ? La vie au bled... Il n'y a pas de travail pour les jeunes, pas de droits. Ici on respecte nos droits. Pour la santé, surtout. Même si on vit au jour le jour» conclut Abd-el-Krim.
Il est 18h30, les bancs se vident à Belleville. Chacun regagne sa petite chambre, en attendant demain. Histoire de bavarder et de retrouver des amis qui auront peut-être des nouvelles fraîches du pays.
Copyright NomadeNews 2007 - Qui sommes-nous? - Contact