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ÉDITO
Par Nicolas BERNARD

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ÉDITO
Devoir d’indignation
Par Nicolas BERNARD     02/06/2007

1967, la guerre civile fait rage au sud du Nigeria. La province du Biafra vient de déclarer son indépendance, mais le gouvernement central refuse la sécession. Très vite, le conflit prend l'allure d'une extermination systématique des populations. Ceux qui échappent à la mort sont déplacés dans d’immenses camps de réfugiés où la famine décime hommes, femmes et enfants.

1968, l’occident est frappé de plein fouet par les images insoutenables de ces enfants faméliques au ventre ballonné, aux yeux immenses et vides qui racontent leur lente agonie. Sur place, la Croix-Rouge n’arrive plus à soigner, plus à sauver… Décider à rompre le silence et la neutralité dont faisait preuve jusqu’ici l’organisation internationale de secours, une équipe de jeunes médecins français, dont Bernard Kouchner, prend l’opinion à partie. Ils fondent Médecins sans Frontières, première organisation non gouvernementale à prôner l’ingérence politique. 8 à 10 000 personnes meurent alors chaque jour au Biafra, il faut donc frapper fort si l’on veut réveiller les consciences et en finir avec l’indifférence. C’était il y a 40 ans. Et c’était le premier génocide africain !

Le premier, parce que malheureusement il y en a eu d’autres. Le Rwanda pour commencer et maintenant le Darfour, où les violences ont déjà fait 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. Répétons : 200 000 morts et plus de deux millions de déplacés. Sur les téléviseurs de l’occident, rebaptisé depuis communauté internationale, les images de l’horreur sont distillées avec parcimonie. Et à la différence de 1968, il en faut aujourd’hui toujours plus pour choquer l’opinion. La faute à Hollywood peut-être ! Toujours est-il qu’à l’ouest du Soudan, la population meure par milliers, chaque jour, et que ce n’est pas du cinéma. Alors, comment réveiller les consciences ?

La réponse viendra peut-être et une fois encore de notre «french doctor». Insoumis face à la souffrance, le voilà reparti au front. Mais c’est avec la casquette de ministre des Affaires étrangères qu’il défend, cette fois, son fameux droit d’ingérence humanitaire. Le Darfour, il en a fait sa priorité dès sa nomination, il y a dix jours. Et depuis, il bataille dur pour imposer l’idée de la création d’un «corridor humanitaire à partir du Tchad». A Hambourg mardi 29 mai, au Forum Asie-Union Européenne, à Potsdam mercredi 30, auprès de ses homologues du G 8… Il ne lâche rien notre «french doctor». Et ce, même si son idée ne fait pas recette au sein des ONG présentes sur place qui craignent ce type d’intervention à composante militaire. Reste que la Chine lui prête l’oreille et, ça, c’est bon signe.

Au final, il l’aura peut-être ou ne l’aura peut-être pas son corridor humanitaire Bernard Kouchner. Mais ce qu’il a d’intact, c’est sa capacité à s’indigner ! Et ça, c’est précieux si l’on veut éviter de clamer comme Zazie : «j’étais là, mais je n’ai rien fait !»


www.voixdelain.fr


  • Cet édito a été publié dans le journal «Voix de l'Ain» du 02 juin 2007




























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