Ils sont rares les hommes qui apportent un supplément d’âme à l’humanité. Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni et Michel Serrault étaient de ceux-là. En quelques jours, le cinéma mondial a perdu trois de ses plus illustres représentants. Trois génies, dont les œuvres sont appelées à traverser le temps. De cette génération de l’après-guerre qui a grandi avec le cinéma muet avant d’inventer la modernité dans leur art, il ne reste plus guère aujourd’hui que l’inusable Manoel de Oliveira.
Ses films étaient considérés comme difficiles, inaccessibles et parfois incompréhensibles. Pourtant, chaque plan d’Ingmar Bergman était une leçon de cinéma. Son esthétique était parfaite. Dans le «Silence» par exemple, il dépeint, avec une densité sans pareil, les problèmes d’incommunicabilité entre les êtres. Les intentions remplacent les actes, les non-dits se substituent aux mots… L’atmosphère des scènes s’emplit d’une densité incroyable. Sous l’œil du réalisateur suédois, le vide prend sens. Bergman était un peintre de l’âme et des passions humaines, un clinicien du couple, un défricheur de l’amour cassé. Voilà pourquoi, il y a dix ans, le Festival de Cannes lui a remis la palme des palmes.
Antonioni est mort le même jour que Bergman. Les deux hommes avaient en commun la même angoisse contemporaine, la même modernité dans leur écriture cinématographique. Avec la disparition du maître , – il avait débuté aux côtés de Fellini et Rosselini -, c’est tout un pan historique de son cinéma que l’Italie pleure. Et Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, enterre un deuxième ami. Il avait eu la Palme d’or pour «Blow up» en 1967 et le Prix spécial du jury pour «Identification d’une femme» en 1982.
Lui aussi a eu une carrière cinématographique qui couvrira toute la seconde moitié du XIXe siècle. Lui aussi était un monstre sacré. Et lui aussi est mort cette semaine. Lui, c’est Michel Serrault : trois Césars, 135 longs-métrages et de nombreux téléfilms. Un clown foldingue qui savait camper les personnages dramatiques. Un artiste populaire, touchant et inclassable. Un acteur majuscule qui éclairait de sa lumière les salles obscures.
Au Panthéon du 7e art, ils méritent bien une petite place. Que dis-je une grande place ! Ces trois hommes ont fait plus que du cinéma… Ils ont écrit l’histoire du cinéma. Grâce à eux, les films ont été aussi intelligents et libres que la littérature. Alors, faites la vie dure aux mauvaises critiques. Tous les films de Bergman ne sont pas ennuyeux. Antonioni n’est pas un cinéaste rasoir. Et Serrault est plus qu’un simple provocateur. C’est bien là le service minimum…
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