
Ce n’est pas en créant une usine à gaz supplémentaire que l’on va sauver la planète de l’effet de serre. Le «Grenelle de l’environnement» voulu par Nicolas Sarkozy et organisé par Jean-Louis Borloo en prend pourtant la direction. Car si tout le monde en parle -ou en a entendu parler- personne ne sait, exactement, aujourd’hui, ce que recouvre l’appellation. Et avant même la fin des consultations en région (le 19 octobre), on peut déjà dire que les puissants lobbies agricoles et industriels ont réussi à orienter le jeu en leur faveur. Il est vrai qu’il est plus facile d’imposer une nouvelle diminution de la vitesse sur les routes que de se mettre d’accord sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture, sur le développement des OGM ou sur l’incinération des déchets. Quant à parler de l’énergie nucléaire… Évitons les sujets qui fâchent !
Mais pouvait-il en être autrement ? Toucher à ces questions fondamentales conduit à remettre en cause notre modèle de croissance, notre appareil productif. Et nous renvoie à nos contradictions économiques et écologiques. Alors, pour ne pas se faire de mal, on verse dans le facile, dans l’indolore : 20% de produits biologiques dans la restauration collective d’ici 2012, une éco-redevance pour pénaliser les voitures les plus polluantes, généralisation de l’éco-étiquettage, taxe kérosène sur les vols domestiques… Le catalogue prête à sourire. Prenons l’exemple de l’avion. On sait que les réserves de pétrole s’épuisent et, qu’à un rythme de production inchangé, nous arriverons à une pénurie d’ici 2050. Or, aujourd’hui, il n’existe aucun substitut au kérosène. On sait faire de l’essence verte mais du kérosène vert, non ! Pourtant Airbus et Boeing continuent de vendre leurs avions comme si de rien n’était. Et les tours opérateurs proposent toujours d’aller passer trois jours à Marrakech. Compte tenu du problème, mettre une taxe kérosène sur les vols intérieurs, ce n’est clairement pas une réponse durable !
En matière d’environnement il y a donc ce qui est possible et ce qui est souhaitable. Préserver l’existant entre dans le champ du souhaitable. L’air empoisonné à l’amiante, le sol aux pesticides et l’eau au PCB. Depuis plus de vingt ans, le Rhône charrie des tonnes de pyralène. Aujourd’hui, les poissons ne sont plus comestibles et le fleuve déverse ses eaux malades dans la Méditerranée. Demain, le littoral risque, à son tour, d’être contaminé. Alors si la France veut vraiment le leadership écologique qu’elle se serve du Rhône comme laboratoire d’essai. Et qu’elle montre au monde qu’il est possible de conjuguer développement économique et vertus écologiques. L’exemple ne vaut jamais mieux que par la preuve !
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