
Mardi 10 juillet, Dominique Strauss-Kahn est devenu le candidat officiel des Européens à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Une nouvelle dont le parti socialiste se serait bien passé ! Après Bernard Kouchner, Martin Hirsch et peut-être bientôt Jack Lang, le débauchage de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances socialiste fait tache. Si, en public, les cadres du parti se réjouissent du sort de leur camarade, en coulisses, c’est une tout autre chanson qu’entonne François Hollande. «Il ne faudrait pas que cette question soit utilisée à des fins de politique intérieure». Méfiance partagée par les cadres du parti qui adressaient, dès mercredi matin, un avertissement aux «Sarko-compatibles» : «Tout responsable qui participe à une commission mise en place par le gouvernement sera suspendu». La rose sort ses épines. Il faut stopper l’hémorragie avant les municipales.
À Bruxelles, tout le monde sait que DSK doit plus sa proposition de candidature à Jean-Claude Junker, le président de l’Eurogroupe, qu’à Nicolas Sarkozy. Et ce, même si ce dernier en a habilement tiré profit sur le plan national. Toujours est-il que le ministre des Finances du gouvernement Jospin (1997-1999) a reçu l’aval des 27 et qu’en acceptant cet augure mardi, il a désormais toutes les chances de succéder à l’Espagnol Rodrigo Rato à la tête du gendarme financier mondial. Une règle non écrite veut en effet que le poste de directeur général du FMI revienne à un Européen et la présidence de la Banque mondiale, l’institution sœur, à un Américain. La France brillerait alors à la tête des institutions internationales : Pascal Lamy à l’OMC, Jean-Claude Trichet à la BCE et Jean Lemierre à la Berd. L’affiche a de l’allure !
Pour autant, elle appelle Dominique Strauss-Kahn à la prudence. Car prendre la tête du Fonds monétaire international, c’est bien! Mais pour quelle politique ? Comme toutes les institutions créées à Bretton Woods en 1944, le FMI arrive en bout de course et a besoin d’être réformé en profondeur. Ce Fonds a commis des erreurs et de nombreux pays ont perdu foi en lui. En Amérique Latine ou en Afrique, c’était, avec la Banque mondiale, un guichet unique, presque vital. Aujourd’hui, il est concurrencé par des organismes de financements privés ou régionaux. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas été assez attentif à l’évolution des marchés internationaux de capitaux et à leurs répercussions sur les régimes de change. Il a sous-estimé l’importance du renforcement des institutions. Il a manqué de transparence dans ses décisions. Si le FMI veut donc redevenir une référence, il faudra que DSK s’attelle immédiatement à la réforme de la gouvernance. Et il trouvera sur sa route les Etats-Unis, qui, avec plus de 15% des voix, détiennent une majorité de blocage. Pour réussir, il devra comme Stiglitz (Nobel d’économie 2001), marcher à contre-courant. Sans pour autant espérer un prix Nobel en récompense !
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