
«Ces gens-là était extrêmement polis, ils étaient bien habillés, ils avaient de belles gueules… On n’était pas dans cette image de Far West urbain où les policiers débarquent à l’aube et cassent tout…». Le journaliste Guillaume Dasquié témoigne sur France 5, la voix étranglée par l’émotion, des conditions de son arrestation par les hommes de la DST. S’ensuivront cinq heures de perquisition à son domicile, quarante heures de garde à vue, ponctuées de pressions pour qu’il donne ses sources.
Qui est Guillaume Dasquié et qu’a-t-il fait pour intéresser à ce point les agents de la surveillance du territoire ? Souvenez-vous, il apparaît pour la première fois à la télévision au lendemain des attentats du 11 septembre. Il intervient en tant que spécialiste du renseignement et paraît déjà très bien informé. Il a ses entrées à la DGSE (contre-espionnage) et entretient une lettre Internet intelligenceonline.fr. Le 17 avril dernier, il publie dans le journal Le Monde, une enquête sur la base d’un rapport des services de renseignement français. Ce rapport dit que ces services étaient au courant, plusieurs mois avant le 11 septembre 2001, de projets de détournement d’avions américains par Al Qaïda. Michelle Alliot-Marie est furieuse, elle porte plainte. Cette révélation lui vaudra une mise en examen pour «compromission et divulgation du secret de la défense». Première question : peut-on croire que la divulgation de documents datant de 2001 puisse compromettre la sécurité nationale de 2007 ? Guillaume Dasquié avance une explication : «Les fuites sont généralement organisées. Celle-là ne l’était pas et il fallait donc faire comprendre aux Américains qu’elle s’était faite sans l’aval des services français». Peut-être… Mais attention, en matière d’espionnage, il est toujours difficile de dénouer le vrai du faux.
Plus grave est la question des sources et des pressions exercées sur le journaliste pour qu’il balance. «J‘ai réussi à protéger la source première et objecté aux questions du substitut du procureur l’article 109 du code pénal, explique-t-il. Après, ils avaient une liste et des discussions hors procédure se sont engagées. Lors du dernier interrogatoire avec le sous-directeur de la DST, ma digue a été submergée, et j’ai acquiescé quand les enquêteurs m’ont cité le nom d’une source indirecte». L’article 109 du code de procédure pénale prévoit que «tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l’exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l’origine». Or ce droit a visiblement été bafoué. Et ce n’est pas une première ! La Cour européenne a condamné plusieurs fois la France pour non-respect du secret des sources. Bâillonner la liberté de la presse n’est pas un signe de bonne santé dans une démocratie. Et ce n’est pas parce que la Russie de Poutine pratique cet exercice aux portes de l’Europe que la France doit lui emboîter le pas.
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