Ça y est, nous y sommes ! Moins d’un mois après la mobilisation contre la réforme des régimes spéciaux, les agents des secteurs concernés, avec à leur tête les cheminots, sont entrés, à nouveau, en contestation. Cette grève constitue la troisième mobilisation syndicale d’importance en douze ans contre une réforme des retraites (après 1995 et 2003). Mais cette fois, Nicolas Sarkozy l’a promis, il ne cédera pas. «Ces réformes, je les mènerai jusqu’au bout. Rien ne me détournera de mon objectif» martèle-t-il. Le président veut se démarquer de ses prédécesseurs, Jacques Chirac et Alain Juppé qui avaient reculé sur ce sujet. De fait, le chef de l’Etat s’est placé en première ligne sur ce combat. Et son «hyper présidence» l’engage à affronter la rue sans filet. Dans ces conditions, il lui est impossible de perdre bataille sans perdre la face. Si la rue contraint, par la force, le gouvernement à retirer son texte, son action future s’en trouvera immanquablement discréditée. Et les lendemains seront très difficiles. Pour légitimer sa position, il compte sur les Français : «Ces réformes, les Français les ont approuvées. Je leur ai dit tout avant les élections pour pouvoir tout faire après». Il sait ce conflit pas très populaire. Pour l’heure, les usagers le comprennent mal : ils y voient très clairement des journées de galère supplémentaires. Certes… Mais attention au retour de manivelle !
À l’opposé, les syndicats voudraient que ce mouvement de grève soit dur et long. Ce qu’ils visent, c’est la coalition des mécontentements, liant le cas des régimes spéciaux à celui des universités voire au mouvement des fonctionnaires, prévu le 20 novembre. S’ils arrivent à réussir ce tour de force, ils n’auront plus qu’à guetter le faux-pas de Nicolas Sarkozy. Une méthode trop brutale et les exaspérations pourraient s’agglomérer. En revanche, si la rue se désengageait, le revers serait terrible pour les syndicats. Ils perdraient un de leur plus gros combat – celui des retraites - et laisseraient le champ des réformes sociales et économiques grand ouvert.
Mais comme rien n’est jamais tout blanc ou tout noir dans la vie comme en politique, c’est peut-être bien à mi-chemin de ces deux positions jusqu’au boutistes que se situera la vérité. Preuve en est le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a reçu, mercredi, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui a accepté d’ouvrir des négociations sur les régimes spéciaux de retraites avec les directions des entreprises concernées et les représentants de l’État. Une concession importante pour un syndicat qui ne voulait rien d’autre qu’une discussion globale. Les négociations de fin de crise sont donc engagées. L’important maintenant, pour les uns et pour les autres, c’est de ne pas perdre la face. Voilà l’enjeu !
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