La Russie a jeté un pavé dans la mare arctique, en envoyant une équipe de scientifiques à bord d'un brise-glaces au pôle Nord. Cette expédition a planté un drapeau russe à 4 000 mètres de profondeur sur le fond marin. Un geste symbolique, par lequel elle affirme ses prétentions aux ressources pétrolières restant à découvrir dans cette région prometteuse. Ce qui n’a pas été du goût de certains pays comme le Canada.
À quoi joue la Russie ? Drapeau planté au pôle Nord, bombardiers nucléaires en patrouille au-dessus du Pacifique, manœuvres militaires avec la Chine : l’ours russe multiplie les coups de griffes aux Occidentaux. Il semble que Moscou veule retrouver son statut de superpuissance. Une ambition plus qu’un statut d’ailleurs, car si la Russie tient encore les premiers rôles sur la scène politique mondiale, voilà bien longtemps que son arsenal n’effraie plus les grands de ce monde. Seulement la Russie agace. Les Américains d’abord, en s’opposant au déploiement du bouclier antimissile. La Chine ensuite, en organisant de gigantesques manœuvres militaires avec les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale. Les Européens enfin, en empoisonnement sur leur sol d’anciens agents russes. Aujourd'hui, le Canada, la Norvège et le Danemark rejoignent le rang des plaignants et n'entendent pas se laisser déshériter par Moscou.
La Russie a tiré la première. Les hostilités sont déclenchées. Le Canada a déjà annoncé son intention de construire des installations militaires et portuaires afin de renforcer ses prétentions de souveraineté sur ce territoire. Les Etats-Unis ont pour leur part lancé une expédition cartographique. La Norvège est également en compétition pour l'Arctique, où le recul de la banquise ouvre de nouvelles perspectives de navigation et d'exploration. Bref, sous couvert de missions environnementales, tous se positionnent dans la course aux hydrocarbures. Car c’est bien la bataille pour le pétrole qui attise toutes ces convoitises. Selon des estimations américaines, le sous-sol de l’Arctique pourrait receler le quart des réserves mondiales d’hydrocarbures non découvertes, un pactole que le réchauffement climatique pourrait rendre plus facilement accessible.
Voilà pourquoi, le drapeau en titane inoxydable posé sur le fond des mers par les Russes fait tant parler. Mais hormis des déclarations d’intention, à qui formuler aujourd’hui des demandes de propriété ? La Russie est allée là où personne n'avait encore mis le pied. Et comme Neil Armstrong l'a fait sur la lune, elle y a planté son drapeau. Ca lui donne un coup d'avance. Mais la lune n'appartient pas pour autant aux Américains. La guerre froide n'est pas prête de se réchauffer...
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