
Si tu veux la paix, prépare la guerre. C’est en substance ce qu’a déclaré Bernard Kouchner, dimanche dernier, sur LCI, en évoquant le dossier iranien. Las de voir le président Mahmoud Ahmadinejad défier la communauté internationale en toute impunité, le «pacifique» ministre de l’Intérieur a repris la position du chef de l’Etat sur le nucléaire iranien, lorsqu’il évoquait dans son discours aux ambassadeurs, fin août : «la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran».
Mais voilà, si peu fréquentable que soit le régime de Téhéran, l’offensive diplomatique française est suspectée d’allégeance à Washington et suscite l’incompréhension en Europe.
En 2003, Bernard Kouchner avait soutenu le renversement de la dictature irakienne et Nicolas Sarkozy n’a jamais caché sa position pro atlantiste. À la Maison-Blanche, l’Iran est depuis longtemps une cible à abattre. Les Faucons en avaient fait une priorité après l'Irak. Ils attendaient juste une fenêtre de tir que le bourbier irakien a largement contribué à boucher depuis. Le durcissement de la position française a donc de quoi les ravir.
Mais comment l’interpréter et la défendre sur la scène européenne ? Le ton employé à Paris brouille les cartes. Le terme de «guerre» est largement commenté, car il n’est pas d’actualité de rompre les négociations engagées avec Téhéran. Les diplomates européens ne minimisent pas le risque nucléaire iranien, mais savent aussi qu’une guerre ne résoudra pas nécessairement une situation interne complexe. De plus, aucune chancellerie ne s’est prononcée en ce sens jusqu’à ce jour. Alors à qui parle la France ?
En langage diplomatique, il ne faut jamais s’arrêter à la première lecture. Un message est un signal envoyé aussi bien vers ses adversaires que vers ses alliés du moment. Or depuis quelque temps, les signaux français vont tous dans le même sens : retour de la France au sein de la structure militaire intégrée de l'OTAN, visite de Kouchner à Bagdad, confirmation de notre engagement militaire en Afghanistan, assouplissement de notre position sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il y a des concours de circonstances qui, à force de répétitions, deviennent plus que de simples coïncidences. Si nous changeons de cap, ayons le courage de le dire ! Car une nouvelle orientation de la politique diplomatique mérite un vrai débat de société et un peu de franchise vis-à-vis de nos partenaires européens.
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