
Une station de ski sous bulle, un canal de 38 kilomètres dans le désert, 50 kilomètres de métro d’un coup, des îles artificielles en forme de palmiers ou de mappemonde… Et, maintenant, une tour pour dominer la planète. A Dubaï, l’imagination des promoteurs est décidément sans limites ! Loin de l’architecture islamique traditionnelle, des petits souks ambiance Mille et une nuit, le nouveau Las Vegas de la péninsule Arabique a soif de grandeur et de démesure. Au pays du libéralisme et du dirigisme - l’économie de l’émirat est contrôlée par la famille royale – les affaires ont toujours été la grande affaire. Le taux de croissance flirte avec les 4%. Et ça dure depuis 12 ans (entre 3 et 9%) ! Alors, comprenez que le pays affiche son insolente bonne santé avec ostentation.
Il faut dire qu’au début des années 1960, Dubaï comptait quelques maisons en pisé, un souk, un port ensablé, accessible aux seuls boutres à fond plat qui sillonnaient le Golfe et la mer d'Oman. Les besoins en eau potable, en électricité, n'étaient pas satisfaits. Médecins, routes, écoles faisaient également défaut. Alors quand aujourd’hui, à Dubaï, on se penche sur le passé, du haut de la tour Burj (512,10 mètres), on est fier du chemin parcouru.
La tour de Burj… Parlons-en justement ! Dans l’histoire des gratte-ciel, il y a eu l’Empire state building (New York, 381 m), la Sears towers (Chicago, 442,3 m), les Petronas twin towers (Kuala Lumpur, 452 m) et Tapei 101 (Taïwan, 508 m). Depuis le début de cette semaine, le record du monde de hauteur a changé de continent. C’est à Dubaï que s’élève désormais la plus haute tour du monde. Une victoire pour ses promoteurs qui visent les 700 m. Ce treizième travail herculéen repousse, un peu plus encore, les lois de la physique. Souplesse des tuyaux, pression des canalisations, les contraintes techniques de réalisation sont fortes. Les architectes planchent, par exemple, sur la résistance au vent. Rien qu’au sommet, ils tablent sur un balancement d’un mètre. Pour faire vivre ce squelette d'acier, les architectes se préparent donc à battre de nouveaux records d’ingéniosité. Mais quoi de plus normal au pays des records !
L‘envers du décor est plus obscur. Le seul record qui ne soit jamais mis en avant est pourtant le plus caractéristique : une population immigrée qui, en proportion du nombre de citoyens, est la plus forte au monde. Les natifs sont sept fois moins nombreux que les étrangers. Et ces derniers ne sont, pour la plupart, pas arabes : 1,2 million d’Indiens, 600 000 Pakistanais, 100 000 Iraniens… Parqués dans des camps dans le désert ou pris en tenaille entre des loyers qui flambent et des salaires planchers, ils risquent l’expulsion s’ils se plaignent. Là où un ingénieur européen gagne 22 000 dirhams (4 400 euros), son collègue indien ne touche bien souvent que 4 000 dirhams (800 euros). C’est aussi ça Dubaï. Mais les plaquettes touristiques n'en parlent pas.
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