
Comment disait-il à Paris-Match ? Le choc des mots ! «Rigueur, guerre, faillite», autant de termes qui définissent une réalité tangible, mais qu'il ne faudrait pas employer pour ne pas risquer de faire peur. Dormez tranquillement braves gens, tout va pour le mieux. Alors quand François Fillon fustige un Etat français «en situation de faillite», le mot accroche l’oreille. Pire, il dérange. Parce que la vérité dérange. Pourtant, les faits parlent d’eux-mêmes : trente ans de déficit continu, une dette publique s’élevant à 64,2% du produit intérieur brut et un déficit budgétaire de plus de 40 milliards d’euros, sans amélioration réelle par rapport à l’exercice précédent. Depuis cette année, la France a même les dépenses publiques les plus élevées de l’Union à vingt-sept. Et, aujourd’hui, le produit de l’impôt sur le revenu suffit tout juste à couvrir les intérêts de la dette. Certes, la France arrive toujours à payer ses fonctionnaires et ses fournisseurs. Certes, les dépenses de santé sont encore couvertes. Et certes, François Fillon est peut-être allé un peu loin en déclarant «la France en faillite». Mais au pays du verbe et des grands auteurs, il a eu le mérite de créer un électrochoc nécessaire, à défaut d’être salutaire.
Reste que si l’on s’en tient à la sémantique : faillite, c’est faillir à ses engagements. Et c’est là le sens de la sortie de François Fillon. L’accumulation des déficits dure depuis des décennies dans ce pays. Annoncées par les gouvernements successifs, les réformes permettant le rétablissement des comptes ont toujours été repoussées. Pourquoi ? Parce que le temps économique ne s’accorde pas avec le temps politique. Mieux vaut mettre des rustines et léguer le problème de fonds à son successeur. Alors la France emprunte pour pouvoir payer ses dépenses de fonctionnement. Mais plus elle emprunte plus les charges de la dette augmente et plus le déficit se creuse. Le problème, c’est qu’il ne sert pas à financer des investissements et donc à produire de la croissance. Sans céder aux sirènes du déclinisme –même si l’histoire nous prouve que les pays qui ne parlent pas de déclin déclinent – il paraît urgent d’attaquer les vraies réformes pour éviter le pire. Et le pire, c’est quoi ? «Ce n’est pas la guerre cette fois-ci, mais la faillite».
Tout n’est donc qu’une histoire de mots. Une trop vieille histoire ! Passer de la parole à l’acte, voilà ce qu’attendent de nous les Européens et ce qu’attendent de ce gouvernement les Français. Cela tombe bien, car le budget 2008 est un acte politique majeur qui en dira long sur les moyens dont se dote le chef de l'Etat pour répondre à «l'exigence de vérité». Et si les mots ont un sens, alors n'ayons pas peur de le dire : réformes. C'est douloureux mais c'est par là qu'il faut commencer !
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