
Les Européens convaincus ont des bleus à l’âme et dénoncent «un accord au rabais». Les eurosceptiques ont la gueule de bois et critiquent les abdications de leurs gouvernements en rase campagne bruxelloise. Le Traité européen simplifié, visant à remplacer la Constitution et sur lequel se sont mis d’accord, samedi 23 juin, les 27 Etats membres de l’Union européenne est bien loin de faire l’unanimité ! Certes, cet accord a été obtenu après de laborieuses et interminables négociations avec les jumeaux terribles polonais (les frères Kaczyski). Certes, il n'est plus question d'un seul texte remplaçant, comme le faisait la Constitution, tous les traités européens antérieurs. Certes, la Charte des droits fondamentaux ne sera pas contraignante pour tous les pays de l’Union (le Royaume-Uni a, une fois encore, obtenu un opting out sur la question)… Pourtant, il n’en est pas moins vrai que ce Conseil européen reste une vraie bonne nouvelle. Pourquoi ? Parce qu’il permet à l’Europe de sortir de ces blocages et de rompre enfin avec l’héritage du Traité de Nice. Grâce aux modifications institutionnelles prévues par cet accord, il sera, demain, plus facile de décider à 27. L’Union européenne aura un visage (un président désigné avec un mandat de deux ans et demi) et une voix (un Haut représentant pour la politique étrangère). Ce qui évitera aux futurs présidents des Etats-Unis de reprendre ironiquement, dans les instances internationales, la phrase de Kissinger : «L’Europe, c’est quel numéro de téléphone déjà ?». Demain, les 27 pourront aussi décider plus facilement, plus vite (la majorité qualifiée deviendra la règle, sauf pour la politique étrangère) et plus clairement (le Parlement européen voit ses pouvoirs renforcés et les Parlements nationaux auront un droit de contrôle).
L’Europe avait un besoin vital de ces avancées pour exister et c’est pourquoi cet accord obtenu par un président français qui avait compris avant les autres ce qu’il fallait faire, est si important. La raison a triomphé.
Nicolas Sarkozy vedette de ce premier Conseil européen, c’est oublier Tony Blair qui, lui, a vécu ses dernières négociations bruxelloises. Après dix années à la tête du gouvernement britannique, Tony Blair a passé la main, mardi 26 juin, à Gordon Brown. Raillé par la presse anglaise eurosceptique au lendemain du Conseil européen, Tony Blair est accusé de crime lèse majesté. «Il a capitulé sur la diplomatie, sur le droit de véto…», dénoncent de concert le Sunday Times et le Sunday Télégraph. Bref, il n’a pas suffisamment protégé la ligne rouge de la souveraineté britannique. Une réaction so british ! Rappelons quand même qu’il a obtenu des clauses de sorties sur de nombreux sujets qui permettent au Royaume-Uni de profiter toujours plus de l’Europe sans contribuer davantage. Une spécialité décidemment bien britannique !
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