«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Aziz Senni n'a pas attendu Jean-Pierre Raffarin pour avoir la «positive attitude». Cet enfant des cités de la banlieue parisienne, fils d'immigrés marocains a monté avec succès son entreprise de transport et d'accompagnement. Une réussite qu'il doit avant tout à sa volonté.
C'est un reportage télé qui a donné à Aziz Senni l'idée de créer son entreprise. «Quand j'ai vu en Suède cette personne qui organisait des transports groupés de personnes âgées pour les emmener chez le dentiste, je me suis dit : mais je connais bien ce système de transport collectif». De la Suède au Maroc, la terre natale d'Aziz, les frontières s'effacent et les images restent. Il se souvient qu'au Royaume chérifien, il existe aussi des taxis pour tous. Il les a souvent vus quand il retournait au pays pour les vacances. Alors pourquoi pas en France? Certes, la législation n'est pas la même, mais en adaptant le concept, cela pourrait marcher. Et puis Aziz n'a qu'une idée en tête depuis ses années lycée : mon ter son entreprise. Persuadé de tenir la bonne idée, il se dit donc banco.
Fort de son bac et d'un BTS (Brevet de technicien supérieur) en transport logistique, il a déjà derrière lui une solide expérience. «Après mon BTS, j'ai intégré Dilipack (une filiale de La Poste). A l'époque, j'étais le plus jeune cadre de France. Dans le même temps, j'étais directeur technique dans une petite PME». Durant deux ans, il travaillera 15 à 18 h par jour. « Mais on ne peut pas tenir à ce rythme longtemps», avoue-t-il. Croyant fermement à son projet de transport collectif, il décide donc de démissionner de ses fonctions et de se lancer à son compte.
Après avoir obtenu le soutien de différentes structures d'aide à la création et à la gestion, après avoir fait une solide étude de marché, il démarre son activité en février 2000. C'est le temps des premières courses à bord d'une 806, un véhicule prêté par la boutique de gestion ADI. «Maintenant, avec le recul, je peux dire que j'ai fait une création à l'arraché. Tout ce qu'il ne fallait pas faire, on l'a fait, car on n'avait rien à perdre», se souvient Aziz. Avec un vieil ordinateur qu'on lui a prêté, il crée ses premiers prospectus avec le logiciel Power Point. Chez des amis, il en fait des photocopies, les découpe et se livre à l'affichage sauvage. «On en avait mis partout à Mantes-la-jolie. Un jour, je reçois un coup de fil d'un responsable de France Télécom qui me dit M. Senni, il faut que vous enleviez vos affiches des cabines téléphoniques publiques. C'est interdit par la loi, vous devez vous exécuter. Je lui ai répondu que je ne les enlèverai pas. Moi j'essaie de monter mon entreprise, je me bats pour faire quelque chose de bien alors si vous voulez les enlever et bien faites-le». Et ce sera fait.
Mais le bien est déjà fait. «Le téléphone arabe a fonctionné à merveille et les retours ont été très rapides». En 2000, ATA (Alliance Transport Accompagnement) dégage 800 000 francs de chiffre d'affaires. En 2001, la croissance est fulgurante : 2,5 millions de francs. Et depuis, l'entreprise d'Aziz Senni ne cesse de se développer.
Aujourd'hui, ce jeune chef d'entreprise emploie 43 personnes, dirige trois agences à Mantes-la-Jolie, Argenteuil et Poissy et supervise de nombreuses franchises à travers la France (Rouen, Toulouse, Montpellier). «Mon objectif est d'atteindre 100 agences en 2009 et de rouler en Ferrari d'ici cinq ans», ajoute-t-il, un rien provocateur. Une belle réussite, mais aussi une belle revanche pour cet enfant des cités dites difficiles de la banlieue parisienne. Car quand on s'appelle Aziz Senni, que l'on est fils d'immigré et que l'on vit à Mantes-IaJolie, il faut avoir un caractère bien trempé pour se faire une place au soleil. «Il faut être motivé, croire en ce que l'on fait, être tenace et plus volontaire que les autres, c'est tout». Simple non!
Mais sa plus grande fierté, c'est sa rencontre avec Jacques Chirac, le président de la République. «Il est venu ici, au siège de l'entreprise. C'est quelqu'un de réellement sympathique», déclare-t-il. Et ne croyez pas qu'il dit cela pour être politiquement correct. Car quand le président de la République vient voir Aziz Senni, le garçon du Val Fourré et des cages d'escalier, il récompense des années de labeur. Il honore aussi la réussite d'une famille qui au final a cru au modèle républicain. « Ma mère a fait les youyous. Ils étaient fiers mes parents. Dans le quartier, ils disent c'est Aziz, l'ami de Jacques. Au Bled, ils se disent c'est quelqu'un». Mais Aziz sait que si ses affaires tournent, il y a encore beaucoup à faire dans les quartiers. Ainsi, en 2002, il a créé avec deux amis JEM (jeunes Entrepreneurs Mantois), une association qui vise à aider les jeunes à se lancer dans les affaires. Histoire de canaliser les énergies et de donner un peu d'espoir aux jeunes qui ont du talent. Et «.Il yen a». Et quand on lui demande: «Vous en avez pas marre que l'on vous cite toujours comme exemple ?». Il répond simplement : «Si je peux contrebalancer la colonne des faits divers, ça ne me dérange pas».
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