«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

C’est le monde à l’envers. Une société roumaine de négoce en abris de jardin et chalets a décidé de délocaliser, depuis son site roumain de production, son unité de fabrication de maisons en bois dans la Nièvre.
Alors que le débat sur les délocalisations fait rage en France et que nombre d’entreprises, parmi lesquelles Lycos, Sem Suhner, Siemens…, menacent de transférer leur site de production français vers les pays d’Europe de l’Est pour arracher une baisse des salaires, une société roumaine fait le choix inverse.
En 1997, Horatiu Pristavu et Maria Mancas créent à Challuy, dans l’agglomération de Nevers, une société de négoce de meubles de jardin en bois, produits par leur usine SC ARGO SARL, qui emploie 80 personnes dans le Nord-Est roumain. Le marché est porteur. Très vite, l’entreprise fournit les chaînes françaises de grande distribution et assure conjointement une vente directe aux particuliers sous l’enseigne Foresta.
Aujourd’hui, la société compte cinq magasins, à Nevers, Orléans, Clermont-Ferrand, Loriol et Bourges. L’activité est florissante, Horatiu a dégagé un chiffre d’affaires net après impôts supérieur à un million d’euros lors du dernier exercice. Mais, depuis trois ans, il sent que la demande est en train de glisser : «les clients veulent des maisons construites en bois massif». Qu’à cela ne tienne, du chalet de loisirs (35 m2), il saute le pas et se lance dans la vente et la fabrication de véritables chalets. Il développe son activité, adapte son outil de production en Roumanie et investit.
Reste que l’éloignement du site de production, (à quelques kilomètres de Tazlau), les difficultés de maîtrise de l’approvisionnement et l’augmentation à venir des coûts de production en Roumanie incitent Horatiu Pristavu à revoir sa stratégie. «Les coûts de main d’œuvre qui compensaient jusque là les frais de transport (2 500 km) sont en constante augmentation et avec l’entrée prochaine de la Roumanie dans l’Union, les choses ne vont pas s’arranger» témoigne l’entrepreneur du Nivernais. Depuis la chute du régime communiste, les salaires ont été multipliés par trois. Alors quand il entend dire que la Roumanie est le nouvel eldorado et que l’on propose aux salariés 110 euros par mois, il sourit : «Moi je paie les miens 300 euros par mois et je suis installé dans une petite ville, loin de Bucarest. Qui plus est dans un secteur où les revenus sont parmi les plus faibles».
De même, le coût du bois dans les ex pays de l’Est a lui aussi considérablement augmenté. «La concurrence à l’achat est devenue très vive à la suite de délocalisations d’entreprises occidentales» ajoute M. Pristavu qui prévoit, à terme, un alignement des charges sociales sur celles des pays de l’Union européenne. Alors, suivant l’adage, «mieux vaut prévenir que guérir», il a décidé de profiter de la richesse en bois du massif du Morvan et d’y implanter son unité de fabrication. Une usine de 1 600 m2, générant 16 emplois (dont trois déjà réalisés), sortira de terre au mois de septembre. Dotée d’une machine de découpe ultra moderne d’un coût de 280 000 €, cette entité devrait permettre à cet entrepreneur de gagner en productivité. Sûr de son choix, il envisage de «délocaliser d’autres unités roumaines en France». Une initiative qui sera certainement suivie par d’autres, au fur et à mesure que le rattrapage communautaire fera son œuvre. Est-ce là le signe annonciateur d’un remède pour contrecarrer les effets négatifs des délocalisations industrielles dont souffre actuellement l’économie française ?
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