«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

«Il faut toujours remercier l’arbre à karité sous lequel on a ramassé de bons fruits pendant la saison». Le héros d’Ahmadou Kourouma, dans Allah n’est pas obligé, en témoigne. L’arbre à karité est intimement lié à la culture africaine. Depuis des générations, les femmes utilisent le beurre de karité, extrait des noix, à des fins culinaires, cosmétiques et même thérapeutiques.

En matière de cosmétologie, ce beurre de karité constitue le principal produit de toilette aussi bien des femmes que des hommes. Signe de ses vertus bienfaisantes, les femmes africaines enduisent leurs bébés de beurre de karité pour prévenir ou guérir les irritations… Au Burkina-Faso, on estime généralement qu’elles sont près de 400 000 à travailler cet «or des femmes». Une véritable richesse qui constitue la troisième ressource nationale à l’exportation après le coton et le bétail ! L’Institut national de la statistique évoque 12 millions de dollars en devises pour 2003. Ces centaines de coopératives, groupements ou associations de femmes burkinabés, qui produisent près de 80 000 tonnes par an, revendiquent «haut et clair cette volonté de sortir de la pauvreté grâce au beurre de karité.

Ouagadougou, l’association Songtaab-Yalgré est du nombre. «Cette association, qui regroupe désormais près de 3 000 femmes, a été créée en 1998 autour d’un objectif commun : une femme, un revenu», explique sa responsable, Marceline Ouedraogo. Et cela fonctionne ! «Nous aidons les femmes à améliorer leur condition de vie, à assurer leur autonomie tout en valorisant des produits locaux». Dans un pays où presque la moitié des douze millions d’habitants vit en-dessous du seuil de pauvreté (moins d’un dollar par jour), les femmes de cette association tirent un véritable revenu de la filière karité.Le procédé est immuable. Après avoir été ramassées, les amandes sont triées, lavées, séchées puis concassées. La brisure est ensuite torréfiée puis passée au moulin. Les femmes entament alors le barattage puis le beurre récupéré est porté à ébullition pour être débarrassé des impuretés.Pour Marguerite, animatrice au sein de l’association, son entrée dans Songtaab lui a permis deux choses : «la première, c’est de rencontrer d’autres femmes, de discuter de palabrer, de travailler. En restant à la concession on ne voit que les voisines, là on voit des femmes de partout. La seconde, c’est l’argent. En Afrique, les hommes ne sont pas toujours réguliers dans les versements à l’épouse. Alors, l’argent récupéré dans les ventes d’amandes à Songtaab permet d’entretenir la concession, de mieux nourrir les enfants, de les envoyer à l’école...».

Et Marguerite de poursuivre : «Songtaab apporte peut-être même plus pour les femmes en brousse qu’en ville». Ce satisfecit n’empêche pas Songtaab de réfléchir à l’avenir. Pour Marceline Ouedraogo, «le marché burkinabé n’est pas encore saturé de beurre de karité de qualité mais nous explorons déjà d’autres pistes. L’utilisation d’Internet et de notre site www.songtaaba.com constitue un atout considérable». Les nouvelles technologies permettent d’accéder à un marché plus vaste.

Songtaab a également compris que le produit devait se rapprocher des «standards européens ou nord-américains» en termes de qualité et de traçabilité. Cet objectif de réaliser un beurre de karité bio a été mené notamment en partenariat avec des chercheurs de l’université de Québec Trois-Rivières. «Au sein de notre association, la filière bio de A à Z. existe désormais avec une certification Ecocert international. Les exigences sont plus soutenues mais les salaires sont meilleurs. Ainsi, au sein de Songtaab, 958 femmes gagnent par saison entre 50 000 et 200 000 francs CFA pour la collecte des amandes biologiques. Les productrices, une soixantaine, gagnent le smig, salaire minimum qui est de 30.000 francs CFA».
Si l’accès au travail salarié des femmes se traduit par ce rôle nouveau d’acteur économique, il s’accompagne, pour l’association Songtaab d’un fort volet social. «Il existe au sein de notre association, des activités de formation en alphabétisation initiale et complémentaire et en gestion. D’autres formations plus professionnelles sont dispensées avec parfois l’appui d’un encadrement extérieur, je pense aux techniques de production, de traçabilité, de démarche biologiques, de marketing». Mais le karité est également une affaire d’Etat au Burkina. En 1995, le gouvernement a lancé le projet national qui regroupe actuellement plus de 1 30O groupements ou communautés de femmes à travers le pays. Et ce créneau économique pourrait fort bien rebondir surtout depuis que l’Union européenne (août 2003) autorise, dans la composition du chocolat l'adjonction de matières grasses végétales autres que le beurre de cacao dans la limite d'un pourcentage fixé à 5% du produit fini. Les matières grasses autorisées sont notamment, l’huile de palme, les noyaux de mangue et l’huile de coprah. Décidément, ce beurre de karité mérite bien le surnom d’«or des femmes» !
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