«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Télédiagnostic, expertise par satellite… Quand les nouvelles technologies de l’information et de la communication se mettent au service de la médecine, les malades peuvent croire au miracle.

Yela habite à 728 km au nord de Bamako, la capitale du Mali. Souffrant de troubles neurologiques liés à l'ischémie (insuffisance de vascularisation), elle a pu, grâce à un élan de générosité collective, être opérée à Genève. De retour au pays, elle est aujourd’hui suivie par un grand spécialiste suisse via internet. Une petite révolution, encore impensable il y a dix ans.
Le Mali est vaste pays enclavé (1 240 000 km2) qui ne compte que trois hôpitaux nationaux et six régionaux pour 11,6 millions d’habitants. Le reste du maillage sanitaire est constitué de centres de santé communautaires dans les localités périphériques et de centres de santé de référence dans les communes urbaines. Dépourvus de moyens et isolés géographiquement, ces centres ne peuvent répondre que très partiellement aux maux de la population et bien souvent les patients sont invités à consulter un médecin de l’un des six hôpitaux régionaux. Parfois le parcours du combattant s’arrête là. Le malade peut être pris en charge et sa peine sera épargnée. Mais il est fréquent de voir les patients transférés à Bamako pour un complément d’examen ou une demande de radiologie. Pourquoi ? Simplement parce que sur les 11 médecins radiologues que compte le pays, 10 officient dans la capitale.

C’est dans ce contexte que trois étudiants en médecine de l’université de Bamako, passionnés d’Internet et férus de logiciels libres se sont penchés sur la nécessité d’améliorer l’accès des ruraux pauvres aux soins de santé. Avec l’aide et le soutien de l’Institut international pour la communication et le développement (IICD) des Pays Bas, ils mettent sur pied, en mai 2003, un réseau de télé radiologie baptisé IKON. Celui-ci assure aujourd’hui des services de télédiagnostic radiologique entre les hôpitaux régionaux de Tombouctou, Mopti et Sikasso et l’hôpital du point G à Bamako.
Grâce à l’apport financier de l’ONG néerlandaise IICD, les trois établissements régionaux ont été équipés en matériels de télétransmission des images, à savoir scanner à films radiographiques, ligne téléphonique…. Ce qui permet au manipulateur radio d’un de ces hôpitaux de transmettre ses clichés via Internet à l’hôpital de Bamako. Là, un spécialiste établit son diagnostic et le renvoie dans un délai de 24 heures. Le service est facturé 2500 FCFA (un peu plus de cinq euros).
Aujourd’hui, après plus de quatre ans d’expérimentation, l’utilité publique du projet IKON n’est plus à remettre en cause. Le succès est probant et des extensions à d’autres domaines d’activité, comme le télé enseignement ont vu le jour. C’est le projet RAFT (pour Réseau en Afrique francophone pour la télémédecine).

Initié au Mali, ce projet s’est très vite étendu à la Mauritanie, puis au Maroc. En 2003, les ramifications touchaient le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun. En 2004, c’était au tour du Niger et de Madagascar. «Ce qui prévaut sur ce réseau, c’est le partage de connaissances» relève Bagayoko Cheick Oumar, coordinateur RAFT. «C'est-à-dire l’enseignement médical continu à distance. Par exemple, les médecins de Genève peuvent solliciter leurs collègues maliens pour faire un cours sur la lèpre ce qui est le cas depuis trois ans maintenant et en retour, les médecins africains peuvent demander un cours sur le traitement du Sida ou sur la Neurochirurgie dont les experts africains sont rares». Echange de connaissances, de savoir mais pas seulement… «Aujourd’hui, nous sommes en train de nous investir dans la création de contenu médical adapté aux réalités locales » poursuit le Dr Bagayoko Cheick Oumar. Dans le village de Dimmbal, situé à 875 km de Bamako, où il n’y a ni téléphone, ni électricité «nous expérimentons la télé médecine rurale». Comment ? Grâce à une antenne satellite et un groupe électrogène alimenté par une quarantaine de batteries de camions. «Nous sommes ainsi arrivés à connecter ce centre de santé. Il faut signaler que tous les médecins refusaient d’aller servir dans ce centre à cause de l’isolement et du déficit de partage des connaissances».
Aujourd’hui, il y a un médecin sur place et il suit les différents enseignements qui se passent sur le réseau. C’est dans un village similaire à celui de Dimmbal que Yela est suivie par un médecin suisse. Sans cette technologie, elle n’aurait pas pu revenir chez elle. Sans cette technologie, elle n’aurait pas pu survivre.
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