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ÉDITO
Par Nicolas BERNARD

vendredi 28 décembre 2007
Vite, libérez-les !
«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».
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RWANDA
Rwanda : Le café de la réconciliation
Benoit VOCHELET

Le Rwanda guérit peu à peu de son effroyable génocide. Ici et là, des initiatives offrent un avenir meilleur à la population. L ’exemple de la coopérative de producteurs de café Abahuzamugambi est significatif : reconnu dans le monde en entier pour sa qualité, leur café «Maraba Bourbon» permet surtout aux Tutsis et aux Hutus de travailler ensemble.

cafe

En fin d’année dernière, la ville de Göteborg (Suède) a décerné son grand prix international de l’environnement à la coopérative Abahuzamugambi. Ce nom signifie, en langue kinyarwanda «ceux qui partagent un même but». Cette coopérative rwandaise de 2 000 producteurs de café était ainsi honorée en raison de la réussite économique et écologique dans la production du café Rwanda Maraba Bourbon mais également pour ses réalisations sur le plan social. Dans un pays à tout jamais martyr, permettre aux Tutsis et aux Hutus de se côtoyer dans les collines verdoyantes de la province de Butare n’est pas un mince exploit. C’est pourtant une réalité tangible. Etienne Bihogo, l’un des responsables de cette coopérative, le reconnaît volontiers. « C’est vrai que cette coopérative contribue à la réconciliation. On peut voir notamment dans les stations de lavage du café les gens se retrouver ensemble sur les mêmes tâches. Ils raisonnent désormais tous en termes de profits et ne pensent plus à ce qui pourrait les opposer». François Habimana, le secrétaire exécutif de la coopérative, insiste : « Quand les gens font partie d’une association ou d’une coopérative, ils ont une activité commune et génératrice de revenus et il leur donc plus facile de se réconcilier».


Réussite économique

C’est en effet la réussite économique qui permet de ne pas trop songer au passé.La coopérative Abahuzamugambi emploie beaucoup de femmes, dont de nombreuses veuves. Claire Rawampa explique que «avec l’argent du café, nous pouvons acheter des vaches mais aussi envoyer les enfants à l’école et payer les frais de scolarité». La démarche de Christian Ruzigama traduit bien l’évolution du café Maraba en quelques années. Lorsqu’il est revenu sur ses terres, juste après le génocide, tout n’était que désolation et ruines ; désormais, il réalise des profits, il est parvenu à construire une vraie maison et ses enfants vont tous à l’école.

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L’aventure de Triphine Mukamyasiro est tout aussi remarquable. En une dizaine d’années, ses revenus ont été multipliés par dix. Désormais, elle gagne environ l’équivalent de 400 dollars par an, ce qui est plus du double du revenu moyen au Rwanda. Plus loin, Wera Gema, 52 ans, travaille à la station de lavage et tient le même discours : «J’ai pu payer les frais de scolarité de mes huit enfants, j’ai réhabilité ma plantation et acheté une vache et une chèvre».

Le chemin fut ardu pour en arriver là et effacer les séquelles du génocide de 1994 qui fit plus de 800 000 morts. Avant la guerre civile, le Rwanda produisait et exportait son café. Mais après 1994, plus rien ne fonctionnait. Ainsi que le souligne Anne Ottaway, une observatrice avisée de l’Université du Michigan, «De nombreuses plantations étaient désertées et les fermiers commençaient à arracher leurs arbres à café pour essayer de récolter des bananes, des haricots et autres produits de cultures vivrières. D’autre part, sur le marché mondial, le déclin des cours du café persistait. Au Rwanda, la vente ne couvrait même pas les frais de production».


Financement américain

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En 2001, Alphonse Gasana, le maire de Maraba, et Emile Rwanmasirabo, le recteur de l’université nationale, entrent en contact avec les promoteurs du projet Pearl (Partnership for Enhancing Agriculture in Rwanda through Linkages) financé notamment par USAID, l’aide américaine. C’est l’amorce du renouveau. Tim Schilling, le directeur du projet, a une idée : permettre au café Maraba de pénétrer le difficile marché américain. Pour cela, qualité et rigueur à tous les stades de la production, du nettoyage, de la commercialisation sont indispensables. Une première station du lavage du café est construite et inaugurée en juillet 2001. Puis un système de certification est institué pour les producteurs de café. Et cela marche ! Les Etats-Unis sont conquis. L’Angleterre suit peu après. «Dès 2002, explique Tim Schilling, le Rwanda a obtenu une réelle reconnaissance en Grande-Bretagne et la vente du café Maraba s’est effectuée via les 350 magasins Sainsburry, ce qui a permis à la coopérative d’empocher un bénéfice de 30 000 dollars. Et surtout, la qualité du produit a permis aux producteurs de Maraba de vendre à un prix trois fois plus élevé qu’ailleurs au Rwanda».

D’ailleurs, il est significatif de voir que, dans la région de Maraba, les centaines d’enfants des producteurs vont tous à l’école, que les médicaments sont désormais disponibles dans les dispensaires et surtout que les maisons ont été reconstruites ou rénovées. Et cela peut se prolonger. C’est l’avis de Steven Macatonia de l’Union Coffee Roasters : «Au Rwanda, la clé du long terme demeure la qualité. Tant que cette qualité du café sera maintenue, les volumes de vente pourront encore grossir».



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