«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

Salem News : Le meilleur ami de l'homme n'est pas le chien mais le malheur » dit Philéas dans l’une de vos nouvelles. Etes-vous d’un pessimisme à toute épreuve?
Fellag : C'est une question qu'il faudrait poser à Philéas. Même s'il n'y a souvent pas loin de la psychologie d'un personnage à l’état d'âme de son auteur, l'imagination étant le terrain de jeu de ce dernier, il peut lui arriver de se fondre tellement dans la peau de ce personnage imaginaire, qu'il peut lui inventer une âme et lui imputer des attitudes qui ne lui ressemblent pas tout à fait ou pas du tout. Je revendique donc une part du pessimisme (joyeux) de Philéas mais je laisse à Philéas son pessimisme morbide. Même si j'ai vécu une vie dure comme celles de la plupart des Algériens de ma génération, je n'ai jamais été poursuivi par le malheur. Bien au contraire, j'ai grandi dans un milieu familial en particulier et une société en général pour qui dépasser les problèmes est une seconde nature.
Salem News : Avec Le dernier chameau, on sent un peu de nostalgie. L'Algérie de vos dix ans était donc si belle?
Fellag : Non, l'Algérie de mes dix ans n'était pas si belle. C'était la guerre avec ce qu'elle a charrié comme violences, misères. C'était le temps de la mort, de la torture, de la peur, du froid, de la faim, de la perte régulière d'êtres chers. Mon spectacle Le dernier chameau n'est ni un poème sur un paradis perdu, ni une lamentation sur une enfance sans souci. Ce n'est pas non plus un testament, ni un rapport moral, ni un témoignage. C'est une écriture et comme toute écriture elle n'embrasse qu'une parcelle infime de l'histoire. Derrière la violence inouïe de la grande histoire de l'époque que je traite, se nouaient de petites histoires . .le veux juste montrer comment un enfant qui ne comprend strictement rien au monde terrifiant qui l'entoure essaie de se situer par rapport à ce monde et quel est le détournement de sens que son ignorance et sa naïveté peuvent provoquer. Et cela me permet de mettre en lumière l'absurdité du monde.
Salem News : J’ai lu quelque part que votre chameau correspondait à un symbole. Une image de la soumission, de la colonisation?
Fellag : Ce n'est pas un symbole, c'est juste une métaphore, une interprétation personnelle. C'est ma vision à la lecture de certains films coloniaux. L'Algérie dans ces temps·là était montrée comme un terrain vierge d'hommes ct de civilisation et donc s'offrant comme une vierge aux colonisateurs. Quand les habitants sont montrés ils le sont souvent sous formes d'insectes. Le début de "Pépé Le Moka" par exemple donne l'impression que sous le commentaire d'un scientifique, on s'approche avec un microscope d'une fourmilière. il y avait des colons, des légionnaires, des policiers, des bordels ou s'alanguissaient des "Fatlma" soumises, des soldats ainsi que les éternels dromadaires qui suivent leur chemin dans une attitude de soumission absolue. J'ai toujours eu l'impression que, quelque part, ces chameaux, c'était l'image que le colonisateur se faisait de nous. C'est une image subjective
Salem News : On trouve en filigrane de vos textes une réelle inquiétude pour la jeunesse algérienne.
Fellag : Il y a une énergie extraordinaire qui se dégage chez les jeunes algériens. Ils sont généralement d'une sympathie débordante. Ils sont touchants, affectueux. Il y a chez eux un besoin formidable de se mettre en représentation pour exister socialement. Mais ils sont pris en étau entre une morale traditionnelle paralysante et une absence totale de propositions de l'état dont la philosophie générale est le produit de cette même morale.
Salem News : Fellag écrivain, Fellag acteur, Fellag humoriste ... Il vous reste encore des champs à explorer ?
Fellag : Le cinéma en tant que réalisateur. Je suis sur le projet d'un film que j'écris et que je réaliserai dans deux ans. Je n'y jouerai pas.
Salem News : Vos sketches sont très écrits, parfois ciselés. Est·ce que cela limite votre pari d'improvisation?
Fellag : Non, pas du tout, c'est même le contraire. Plus un texte est écrit plus il permet à l'interprète-auteur d'improviser.
Salem News : Avez-vous toujours le trac?
Fellag : Le trac est à l'artiste ce que le kérosène est à l'avion. Sans le trac il n'y a pas d'énergie. Les soirs où je m'apprête à rentrer sur scène et que je n'ai pas peur, je sais que ça ne va pas être terrible.
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