«Tous croient à l’efficacité de la médiation d’Hugo Chavez. La famille d’Ingrid Betancourt en tête».

L’art contemporain africain est à l’honneur. Deux manifestations d’ampleur font l’actualité en ce mois de mai. A Paris, le musée Dapper accueille une exposition d’artistes sénégalais. A Dakar, la biennale rassemble les forces créatrices d’une trentaine de pays. Petit tour d’horizon….

L’art contemporain africain donne rendez-vous à tous les amateurs à Dakar à l’occasion de la VIIe biennale. Une manifestation essentielle pour un art qui ne cesse de prendre de l’ampleur… tout en souffrant d’un véritable déficit d’exposition au public. La manifestation dakaroise va permettre, jusqu’au 5 juin, de témoigner de la vitalité créatrice du continent. Après une sélection aussi délicate que rigoureuse, le comité d’organisation a retenu 87 artistes pour 27 pays. Pas loin de 400 dossiers de candidature avaient été déposés…
Traditionnel, moderne, contemporain

Yacouba Konaté, le commissaire général de Dak’art 2006 exprime d’ailleurs, dans un texte fondateur, le rôle de l’artiste dans cette biennale 2006. «Que n’avons-nous pas entendu sur notre compte et que ne disons-nous pas sur nous-mêmes, nos coutumes, nos valeurs… Quand nous disons, citoyen, patriote, rebelle, qu’entendons-nous et que sous-entendons-nous… Dans le domaine économique, qu’entendons-nous par développement et sous-développement ?... N’avons-nous pas confondu indépendance et libération et ne confondons-nous pas démocratie et multipartisme, démocratie et élections, dictature et stabilité politique… Dans le domaine des arts, du monde de l’art, qu’entendons-nous par traditionnel et moderne, par moderne et contemporain… Les artistes ne sont pas invités à illustrer ces thèmes. Il suffira que directement ou indirectement l’œuvre proposée aborde l’une de ces questions ». Yacouba Konaté exprime parfaitement cette définition d’un art contemporain ancré dans son temps.
Vingt-sept pays, donc, seront représentés à Dak’Art avec de petits nouveaux. En effet, jamais jusqu’à présent le Malawi, la Guinée-Bissau ou la Zambie n’avaient fait escale à Dakar. Une raison de plus pour visiter cette biennale… qui ne restera pas sagement claquemurée. Bien au contraire, le Off, sera un peu partout dans la cité… à l’image de l’art.
Les traites négrières
Paris, par contre, joue l’unité de lieu avec ce merveilleux musée Dapper. Niché dans le XVIe arrondissement, il constitue au fil des années, au fil des expositions, un «Incontournable» de la culture africaine. «Nous accueillons une partie de l’exposition d’art contemporain présentée au Manège de Dakar, l’an dernier. Nous avons réalisé un choix très subjectif et retenu dix des vingt artistes» explique le commissaire de l’exposition, par ailleurs directeur du musée, Christiane Falgayrettes-Levreau.

Ces dix artistes sénégalais parmi lesquels Ndary Lo, Cheikh Diouf, Ibrahima Niang, Henri Sagna permettent d’appréhender la diversité de cette création contemporaine. Nous avions, dans un passé très récent, apprécié «Les marcheurs» de Ndary Lo. Au musée Dapper il revient avec une installation qui «exhume les éléments d’une histoire, celle des traites négrières et de l’esclavage» écrit Christiane Faylgarettes-Levreau. Pour cette installation, Ndary Lo a ramassé sur la plage de Gorée des débris rejetés par la mer. Il les a mêlés à d’autres objets trouvés ici et là en divers lieux du Sénégal. Une méthode déjà utilisée pour ses créations précédentes. D’ailleurs, cette technique a un nom. Il s’agit du «daptaïsme» qui traduit cette nécessité pour l’Afrique de s’adapter.

L’art contemporain vit, respire, vibre et souffre au cœur de la société. Henri Sagna exprime totalement cette immersion de l’art au cœur du monde par ses installations «Pillage» et «Acteurs palustres». «La nature recèle des forces néfastes, elle est donc source de dangers avec ses fléaux» explique le commissaire de l’exposition. L’un des messagers de la mort, redouté de tous sur le continent africain est le moustique envahissant les installations d’Henri Sagna».
Dakar – Paris, ces deux rendez-vous de création contemporaine parlent le même langage. Et la conclusion de Christiane Falgayrettes-Levreau vaut également pour le rendez-vous africain lorsqu’elle écrit que «les artistes maîtrisent un langage qui leur permet de construire un discours original, efficace pour dire que malgré des conditions souvent plus que difficiles, il est vital de ne pas renoncer à créer, à lutter. Une superbe leçon de dignité et d’espoir».
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